Mots dits poètes

Le 10 juillet 1873. Le vent souffle ce jour-là. Tout est gris. Il pleut sur Bruxelles. Le bruit des rafales de pluie sur les ardoises couvre par instants les éclats de voix de deux hommes accoudés à une table bancale d’un café. Devant eux, depuis longtemps les verres d’absinthe sont vides. Le plus vieux sort un pistolet. Deux détonations. Paul-Marie (la Sainte Vierge) vient de tirer sur son amant, Arthur Rimbaud.
Il a 29 ans. Il écope de deux ans de prison. Pour unique décor de sa cellule, un crucifix. Seul, assis, face au mur, il va avec le temps voir Jésus-Christ. Privé de sa jeune femme, de leur fils, de la fée verte, il ne lui reste pour sortir, que l’écriture et lui-même. Les 69 feuillets forment le recueil « Cellulairement ». Il ne sera jamais publié tel quel en entier du vivant de son auteur. Ce manuscrit sera classé trésor national par l’état.
Le musée des Lettres et Manuscrits a organisé de février à mai 2013 une exposition « Verlaine emprisonné ». Le manuscrit autographe original a été exposé. Le commissaire de l’exposition dépasse le cadre de « cette prison de pierre ». Le poète maudit est dans une quadruple enceinte carcérale. Prison familiale, sentimentale, existentielle alcoolique. Petit enfant, il voit tous les jours, sur un coin de la cheminée de l’appartement, les trois fœtus de ses frères conservés, par la mère, dans des bocaux. Prisonnier de son enveloppe physique, il se trouve laid, il a peur d’être laid. Il est sensuel dans son écriture. Puisqu’il « est » inutile et dangereux, le suicide l’attire. Son père meurt. Baudelaire meurt. Sa tante meurt. Deux de ses amis se suicident. Sa cousine Elisa, la seule a ne pas l’avoir trouvé laid, meurt lors d’un accouchement, Verlaine a 23 ans, anxieux, il se rêve encore comme un petit que l’on berce. D’être un innocent. Pour lui « Le ciel est, par-dessus le toit, Si bleu, si calme », un Chagall avant la touche de couleurs. Deux ans plus tard il rencontre Mathilde Mauté, elle a 15 ans. Elle l’illumine. Ils se marient rapidement. Il recherche auprès d’elle un « vaste et tendre apaisement, une vie simple et tranquille ». Le poète prisonnier de ses démons se transforme, à moins que ce ne soit une autre face de sa personnalité, en monstre violent, enivré, débauché. La fureur. L’angoisse. Elle est enceinte à 17 ans. Arthur Rimbaud a le même âge. Verlaine est pris au piège de sa femme, de son fils de son amant, et de l’absinthe qui lui permet de s’évader vers une autre prison. Quel leurre, entre paradis jamais atteint et enfer toujours présent, qui peut-être lui permet de vivre et de ne pas se suicider.
Septembre 1871 marque le début des rencontres, de la vie commune avec Rimbaud Ce dernier va bientôt planter cinq coups de couteau dans le corps de Verlaine. Ce ne sera qu’une longue succession de querelles, de ruptures, d’étreintes, qui s’achèveront par deux coups de pistolets.
La prison. La conversion. L’élan mystique. Dans le recueil « Cellulairement », à des écrits voluptueux, voire érotiques, se mêlent des vers « liturgiques ». Il passe de « la plainte amoureuse » à « l’extase mystique ». Le poète utilise les vers impairs, 9 pieds puis 11 –hendécasyllabe - parfois 13. Au diable l’architecture des alexandrins ! Le son, la musique avant tout.
À sa sortie de prison Mathilde l’abandonne. Lui frappe sa mère. Il vit dans la précarité et l’alcool. Il publie en 1884 « Les poètes maudits » consacré à Rimbaud, Mallarmé et Tristan Corbière.
Les mots choisis, leur sonorité, le rythme donné par les vers impairs inspireront Debussy, Ravel, Stravinsky.
Ses emprisonnements sont-ils l’explication, l’aboutissement, la musique, le centre de ce poète maudit ?
Paul-Marie Verlaine, poète Saturnien « Parnasse contemporain » né « sous une influence maligne » à Metz en 1844, meurt en janvier 1896 à Paris, proche de Satan ou de Dieu. Ce poète de l’intimité, qui te tutoie, ce vagabond, ange du démon, brille encore au cimetière des Batignolles.
Sources :
L’article de Jean Guéno dans la lettre du musée des Lettres et Manuscrits n°48, janvier février 2013.
Merci au mlm pour cette exposition, qui vous secoue, vous interroge sur votre propre identité.
Paul Verlaine, CELLULAIREMENT suivi de Mes Prisons Édition de Pierre Bunel, NRF, mlm, 2013.
Chères lectrices, à qui je conseillais de « voler » les bouquins de Prévert, éteignez vos ordinateurs, tirez les rideaux de vos yeux. Écoutez mes belles, entendez dans la nuit la musique qui vibre en sanglots, sous les cordes de ma plume qui sanglote, et les voyelles de toutes les couleurs dansant sur les lignes. Le reste n’est que littérature. Pardonnez-moi.
Fleur de Lotus, 27 avril 2013
Dessin au crayon, Portrait d'Arthur Rimbaud, signé Jean Cocteau. Exposé par le Musée des Lettres et Manuscrits à Paris en 2013 / Timbre Charleville-Mézières, ville de naissance de Rimbaud, Postes, créé et gravé par J. Gauthier,1983.
Or le plus beau d’entre tous ces mauvais anges
Avait seize ans sous sa couronne de fleurs ;
Les bras croisés sur les colliers et les franges
Il rêve, l’œil plein de flammes et de pleurs ;
En vain la fête autour se faisait plus folle,
En vain les satans, ses frères et ses sœurs,
Pour l’arracher au souci qui les désole
L’encourageaient d’appels de bras caresseurs ;
Il résistait à toutes câlineries ;
Et le chagrin mettait un papillon noir
À son cher front tout brûlant d’orfèvreries :
Ô l’immortel et terrible désespoir !
Il leur disait : « Ô vous, laissez-moi tranquille ! »
Puis les ayant baisés tous bien tendrement,
Il s’évada d’avec eux d’un geste agile,
Leur laissant aux mains des pans de vêtements.
…
« Ô vous tous, ô vous tous, ô les Pécheurs tristes, »
…
« Assez et trop de ces luttes inégales ! »
…
« Assez et trop de ces combats durs et laids ! »
« Et pour réponse à Jésus qui crut bien faire
« En maintenant l’équilibre de ce duel,
« Par moi l’Enfer dont c’est ici le repaire
« Se sacrifie à l’amour universel ! » -
La torche tombe de sa main éployée,
Et l’incendie alors hurla s’élevant
Querelle énorme d’aigles rouges, noyée
Au remous noir de la fumée et du vent.
L’or fond et coule à flots et le marbre éclate,
C’est un brasier tout splendeur et tout ardeur,
La soie en courts frissons comme de la ouate
Vole à flocons tous ardeur et tous splendeur !
Et les satans mourants chantaient dans les flammes :
Ayant compris comme ils s’étaient résignés !
Et de beaux chœurs de voix d’hommes et de femmes
Montaient parmi l’ouragan des bruits ignés.
Et lui, les bras croisés d’une sorte fière
Les yeux au ciel où le feu monte en léchant
Il dit tout bas une espèce de prière,
Qui va mourir dans l’allégresse du chant.
Il dit tout bas une espèce de prière
Les yeux au ciel où le feu monte en léchant…
- Quand retentit un affreux coup de tonnerre,
Et c’est la fin de l’allégresse et du chant.
…
Brux. Juillet 1873.
Crimen amoris, « Si c’est une faute ce sera une faute d’amour », poème de 100 vers. Les derniers : «… Adore, s’ouvre en une extase et réclame / Le Dieu clément qui nous gardera du mal »

La flamme postale de la ville de Sens rend hommage à la flamme littéraire de Stéphane Mallarmé, ancien élève d'un lycée senonais. Né à Paris en 1842, Étienne Mallarmé, dit Stéphane Mallarmé, devenu professeur d'anglais pour gagner sa vie, traduisit Edgar Allan Poe, et s'adonna à l'écriture poétique, sous l'influence de Victor Hugo, Théophile Gautier et Charles Baudelaire.
Ami du peintre Manet, et du poète Paul Verlaine qui contribua à sa célébrité en le faisant figurer parmi les poètes maudits, maître de l'art de la suggestion et de l'analogie, Mallarmé fut l'un des inspirateurs du symbolisme et une figure de la vie littéraire parisienne dans les années 1880, proche des impressionnistes et des musiciens.
Le peintre nord-américain Whistler, avec lequel il se lia d'amitié, eut l'idée de publier les quatrains composés par le poète sur les enveloppes de lettres envoyées à ses amis, comme autant d'énigmes à résoudre pour reconnaître le destinataire et trouver où il habite. Réinventions de l'adresse postale, actes de liberté, actes de recréation, de loisir comme un champ des possibles, ces enveloppes ont été regroupées dans un recueil intitulé Les Loisirs de la Poste, édité pour la première fois en 1894, et publié en 1998 par "La Bartavelle Éditeur".
Sans se préoccuper de ceux qui trouvaient sa poésie trop hermétique, jusqu'à sa mort brutale en 1898, Stéphane Mallarmé mena la recherche éperdue d'un idéal poétique, d'un art humble et gratuit, et d'une œuvre unique, cherchant à dépasser l'horreur du néant et du banal.
Volubilis, 26 avril 2013.
http://www.musee-mallarme.fr/root
Voir aussi en rubrique "Peintre en lettres" la correspondance de Mallarmé avec la femme peintre Berthe Morisot (texte de Fleur de Lotus + 2 timbres sur Morisot).
BAUDELAIRE
LETTRES A SA MÈRE

L’école des lettres
1998 (230 pages)
Le 9 avril 1821, à Paris, naît le futur poète. Son père, François Baudelaire, est un ancien administrateur du Sénat. Sa mère née Caroline Archimbaut-Dufaÿs a 43 ans de moins que son mari. Ce dernier meurt en 1827. A l’automne 1828 Caroline se remarie avec le chef de bataillon, Jacques Aupick. Les relations entre Charles et son beau-père seront exécrables. Plus tard, il écrira à sa mère « Quand on a un enfant comme moi, on ne se remarie pas ». Charles entre au Lycée Louis-le-Grand, il décroche un deuxième prix de vers latins au concours général, puis s’inscrit à la faculté de droit.
Rencontre avec Nerval, Balzac. Après la réunion d’un conseil de famille (1841) le général Aupick, pour l’éloigner des mauvaises fréquentations parisiennes, fait embarquer sur le Paquebot-des-Mers-du Sud son beau-fils pour Calcutta. Charles n’ira pas plus loin que l’île de la Réunion. Il rentre à Paris en 1842. Majeur il a accès à son héritage paternel, qu’il dilapide en peu de temps. Il croise Hugo, Gautier, Sainte-Beuve, Félix Tournachon (Nadar).
Il s’éprend d’une quarteronne, Jeanne Duval, métisse née d’un parent noir et d’un parent métis ; c’est une comédienne du théâtre de la porte Saint-Antoine. Elle sera longtemps sa muse. De temps en temps il arrive à être publié.
Dès 1843, dans toute la correspondance avec sa mère, revient de lettre en lettre la même demande : l’envoi d’argent. « La misère me fait peur ». En même temps il a honte de « cette privation d’argent de ce manque perpétuel d’argent ». Tentative de suicide en1845. Pendant les évènements de 1848 et de 1851, il est dans la rue, armé sur les barricades. Parfois il se rebelle, son orgueil parle « Je crois encore que la postérité me concerne ».
Publications de traductions d’écrits d’Edgar Poe. Dans une lettre, de 1855, au directeur de la Revue des Deux Mondes, il évoque le titre « Les Fleurs du mal »; dix-huit poèmes seront publiés dans cette revue. Il poursuit les traductions d’Edgar Poe. A la mort du général Aupick sa mère s’installe définitivement à Honfleur (1857). La même année publication et procès des Fleurs du mal, pour outrage à la morale publique. Ses difficultés financières augmentent. Échec de sa candidature à l’Académie française (1961). Il s’installe à Bruxelles.
Malgré de nombreuses publications, sa situation financière se détériore encore. Il a peur de mourir avant de s’être réalisé. En mars 1866, il chute dans l’église Saint-Loup à Namur, à la suite d’une attaque d’hémiplégie. Il donne des signes d’aphasie. Il n’écrira plus à sa mère. Il perd l’usage de la parole. L’année suivante, début juillet, sa mère le place dans une maison de santé à Paris. A 46 ans, le 31 août 1867, Charles Baudelaire, après une longue agonie, meurt, dans les bras de sa mère.
Une cérémonie à l’église Saint-Honoré d’Eylau, et il est inhumé au cimetière Montparnasse le 2 septembre, aux côtés du général Aupick. Suite à une vente aux enchères la propriété littéraire des œuvres est adjugée à Michel Lévy. Nadar rencontre Jeanne Duval sur les boulevards ; elle se traine lamentablement avec ses béquilles. La générale Aupick mère du poète meurt en 1871.
« Je commence par le plus dur, et le plus pénible. Je t’écris avec mes deux dernières bûches, et les doigts gelés. Je vais être poursuivi pour un paiement que j’avais à faire hier. Je serai poursuivi pour un autre à la fin du mois. » (Mars 1853) « Est-ce le physique malade qui diminue l’esprit et la volonté, ou est-ce la lâcheté spirituelle qui fatigue le corps ? Ce que je sens c’est un immense découragement, une sensation d’isolement insupportable, une peur perpétuelle d’un malheur vague, une défiance complète de mes forces, une absence totale de désirs. » (Décembre 1857) « Ah ! chère mère, est-il encore temps pour que nous soyons heureux ? Je n’ose plus y croire ; quarante ans, un conseil judiciaire, des dettes énormes, et enfin, pire que tout, la volonté perdue. Je contemple les anciennes années, les horribles années, je passe mon temps à réfléchir sur la brièveté de la vie ; rien de plus ; et ma volonté va toujours se rouillant. Si jamais homme a connu, jeune, le spleen et l’hypocondrie, certes, c’est moi. Et cependant j’ai envie de vivre, et je voudrais connaître un peu la sécurité, la gloire, le contentement de moi-même. » (mars1861).
Eau-de-vie éther opium, bains froids natation douches, digitale belladone valériane, quinine morphine, eau de Vichy, oxyde de zinc, purgatifs, voilà citée par Baudelaire la pharmacopée pour soigner des vertiges, des vomissements de bile, des insomnies, des cauchemars, l’appauvrissement du sang. Hystérie, le mot est lâché par les autorités médicales. « Moi, je t’ai aimée passionnément dans mon enfance ; plus tard sous la pression de tes injustices, je t’ai manqué de respect, comme si une injustice maternelle pouvait autoriser un manque de respect filial. » (mai 1861) « Je ne te laisserai plus jamais voir les blessures que tu m’infliges. » (juin 1863) « Ma bonne chère mère, il n’y a rien de plus désagréable que d’écrire à sa mère, l’œil fixé sur la pendule. » (décembre 1863) « Si jamais je peux rattraper la verdeur et l’énergie dont j’ai joui quelquefois, je soulagerai ma colère par des livres épouvantables ; Je voudrais mettre la race humaine tout entière contre moi ; je vois là une jouissance qui me consolerait de tout. » (décembre 1865)
Fleur de Lotus septembre 2019

Timbre-poste " Baudelaire 1821-1867 ", 8 F, dessiné par Paul-Pierre LEMAGNY (1905-1977) et gravé par Jean PHEULPIN (1907-1991), émis en 1951, série " Poésie moderne " (avec les timbres de Rimbaud et de Verlaine).

Timbres utilisés :
- 3 timbres-poste du carnet Eclosions, émis en 2019, photos de Jacques du Sordet, mise en page d'Etienne Théry : le dahlia, la rose, l’ostéospermum.
- Timbre-poste « Sculpture Côte d’Ivoire », série Le Nu dans l’art, émis en 2018. © photo : RMN - Grand Palais Musée du quai Branly – Jacques Chirac - Labat / CFAO
Préface de Laurent Folliot
Payot-Rivages, 2015
John Keats naît le 31 octobre 1795. Il est orphelin très jeune. Il se passionne pour les Lettres. Son tuteur le place en apprentissage chez un chirurgien. Qu’importe, il ne lâchera pas la plume ! Toute sa vie, ses origines sociales modestes, sa petite taille le complexeront. Il sera surtout connu pour ses odes. Il célèbre la nature, la solitude, et à sa manière l’Antiquité grecque. La beauté éternelle de l’Antiquité est minée par le sentiment romantique du temps qui passe et de la mort.
Lettres du 1er juillet 1819 au mois d’août 1820 : « Le matin est le seul moment propice pour écrire à une belle jeune fille que j’aime tant, car la nuit, une fois que le jour solitaire s’est éteint et que la chambre solitaire, silencieuse et insonore, attend de me recevoir tel un sépulcre, alors, croyez-moi, ma passion reprend entièrement possession de moi et je ne voudrais pas que vous vissiez à quelles rhapsodies je m’abandonne (…) L’avouerez-vous dans la lettre que vous devez sur-le-champ m’écrire et où vous devez par tous les moyens me consoler ; qu’elle soit aussi envoûtante qu’une bouffée de pavots ; tracez les mots les plus doux et baisez-les, que je puisse du moins poser mes lèvres là où les vôtres ont été (…) Ne me taxez pas de folie si je vous avoue qu’hier au soir j ai pris votre lettre avec moi pour dormir (…) Vos lettres me font vivre (…) »
Keats ne conserve aucune lettre de Fanny Brawne. « Ce soir, je me figurerai que vous êtes Vénus et, tel un païen, j’adresserai mille et une prières à votre étoile (…) L’amour est ma religion ; pour elle je pourrais mourir, je pourrais mourir pour vous, mon amour est égoïste ; sans toi je ne respire plus (…) Envoyez-moi les mots bonne nuit à déposer sous mon oreiller (…) Si je devais mourir, je n’aurais laissé aucune œuvre immortelle derrière moi. (…) Qu’aurait dit Rousseau devant notre petite correspondance ! (...) je préférerais avoir l’opinion de Shakespeare ; les commérages des lavandières doivent être moins écœurants que les bottes et les attaques que se lancent sans fin Rousseau et ces sublimes jupons. (…) J’écris tout de même ! Dieu te bénisse mon aimée ! La maladie est un long chemin, mais je vous vois au bout et ferai de mon mieux pour avancer. (…) Je ne vous pardonne pas d’avoir joué avec mon cœur comme avec un ballon (…) Vous m’êtes un objet intensément désirable ; malsain est l’air que je respire dans une pièce où vous n’êtes pas (…) Je ne peux pas vivre sans vous ; vous n’avez pas la moindre notion de la quantité de malheur qui me traverse en un jour. Soyez sérieuse ! L’amour n’est pas un jeu ; de nouveau, n’écrivez que si votre conscience est cristalline. Je préfèrerais mourir du manque de vous plutôt que… Le monde est trop brutal pour moi ; je suis heureux qu’il existe un endroit tel que la tombe ; je suis persuadé que je ne connaîtrai pas la tranquillité avant d’y reposer. Je voudrais être ou bien dans vos bras empli de confiance, ou bien frappé par la foudre ». Août 1820.
Quelques mois plus tard, à Rome, le 21 février 1821, il meurt ; la tuberculose a eu raison de ses poumons. À cet instant-là, le Rossignol, l’Art, ne vainquit pas la mort. Sur sa stèle, une épitaphe « Here lies one whose name was writ in water » (Ici repose celui dont le nom était gravé sur de l’eau, John Keats). Fanny se marie 12 ans plus tard.
Leur liaison était presque cachée. Quelquefois, paraît-il, les deux fiancés se voyaient tous les jours. L’homme au romantisme exacerbé, recherchant passion et intensité, mêlant poésie et amour plaisir et douleur, Beauté éternelle et Vérité, vie et mort, a transformé Fanny Brawne en une inaccessible étoile ; elle reste mystérieuse. Le poète était-il jaloux ?
Keats a détruit toutes les lettres de Fanny. Des années plus tard (1878), après un marchandage, cette correspondance de 37 lettres a été publiée. Ces missives et les autres écrits de Keats –le contemporain, de Lord Byron, Percy et Mary Shelley William Wordsworth- ont été mal accueillis. La société était à l’abri sous le pudique couvercle victorien.
Une adaptation cinématographique – Bright star (2009) - a été réalisée par la Néo-Zélandaise Jane Campion, seule femme à ce jour, en 70 éditions, à avoir reçu la palme d’or au Festival de Cannes pour La Leçon de piano (1993).
Fleur de Lotus, dimanche 28 mai 2017
« De la musique
La femme assise au regard lointain, pose le livre « Histoires du bon Dieu » sur ses cuisses. La lecture l’a bouleversée, sidérée. Sous son corsage on devine un trouble, les battements de son cœur, sa respiration trop rapide. Elle se lève, va vers le piano, hésite, ferme une partition de Jean-Sébastien Bach, et s’assoit à sa table de travail.
Elle écrit à l’auteur.
Nous sommes à Vienne, le 22 janvier 1914. Elle est concertiste. Magda von Hattingberg, débute une correspondance qui durera 30 jours avec Rainer Maria Rilke. Ils ne se sont jamais vus, dans un mois ils se donneront rendez-vous à Berlin et cesseront tout échange épistolaire. Ils vont s’écrire tous les jours, plusieurs fois dans la journée. Lui est en instance de divorce, sa femme Clara Westhoff est sculpteur élève de Rodin, ils ont une fille de 12 ans Ruth. Magda vit l’échec d’une relation. Il a 38 ans, elle est plus jeune.
Il va l’appeler Benvenuta, cher cœur chère enfant ma douce ma sœur, bienfaisante amie. Il écrit de Paris, 17, rue Campagne-Première, une rue connue du quartier de Montparnasse. Le passage du « vous » au « tu » ne se fera pas tout de suite, comme l’envoi de trois photographies – il en a horreur- de lui prises dix ans plus tôt. Sont-ils dans l’amour ? Dans la séduction ? Ou emportés comme un torrent de montagne par la plume et son encre sur le papier ? En mots en phrases, ils se déshabillent.
Benvenuta à Rilke Vienne, le 29 janvier 1914 :
« Je voudrais vous apporter toutes les merveilles d’un monde nouveau dans une pièce tranquille et sans trop de lumière, une pièce qui tisse une chaude intimité autour du piano – un grand piano à qui l’on peut tout dire parce qu’il comprend tout, que l’on l’aime comme l’être le plus fidèle qui soit au monde, parce qu’il perçoit les pensées les plus secrètes et les transmet sans passer par les mots avec toutes les vibrations d’une âme douce et passionnée. C’est ainsi que je voudrais que la musique vous parvienne. »
Rilke à Benvenuta Paris le 9 février 1914 :
« Ô mon enfant, n’avoir d’autre choix que l’ombre que pourraient me donner tes mains et l’éternelle lumière engendrée par leur musique »
À travers ces lettres, on rencontre Gustav Mahler, à la baguette dans les Maîtres chanteurs de Nuremberg, Busoni, la lumière entre pyramides et Sphinx, Venise, Avignon, - dans ces années-là Rilke comme une fuite, voyageait beaucoup il déteste les villes laides -, lit… Balzac -l’odeur de café et Vautrin-, Du côté de chez Swann, (il l’enverra à Magda avec un ruban violet). Les angoisses de ne pouvoir pas aimer, de ne plus écrire, sont présentes, Le Banquet, El Greco, Dieu, la foi, Les Années de pèlerinage, les chants d’oiseaux. Par instants les vers remplacent la prose. Rilke s’interroge – nous questionne- sur l’enfance, l’adolescence, sur son père « qui ne savait pas aimer », sur « la laideur » qu’il ressent dans son âme « au spectacle des choses humaines ». Rilke souffre. Il doute. Il est dans le sacrifice.
Dans la lettre du 21 février, un dimanche, Rilke explique pourquoi il a renoncé à faire une analyse à plusieurs reprises dont une fois « avec le professeur Freud lui-même » Il choisira le voyage. «Si l’on enlève mes démons, mes anges en seront effrayés et, vous savez, c’est à quoi je ne dois absolument pas toucher. » On peut se demander si cette correspondance n’a pas valeur de psychanalyse. Quoi qu’il en soit, les chants désespérés, sont de tout temps, les plus beaux.
Benvenuta à Rilke le 20 février 1914
« Non Rainer, la musique ce n’est pas le sang du Christ, c’est l’ange qui vole vers lui, c’est l’ange qui vient au secours de Marie-Madeleine ! Tu ne le sais pas (…) et pourtant qui d’autre que toi a écrit aussi bien sur la musique ? Tu la devines, tu en as l’intuition, comme un savoir dans une conscience encore assoupie. (…) Regarde, tu es riche, tu as des dons, aie foi en ton humanité (…) Rainer, peut-être n’aurons-nous plus besoin de ces feuillets stériles, peut-être qu’un grand et merveilleux instant de silence sera bien davantage que tous les mots ».
… René Maria Rilke est exclu des écoles militaires, pour faiblesse physique, il fait des études de littérature d’histoire de l’art, de philosophie. Ces premiers poèmes sont écrits. Il rencontre Lou Andreas-Salomé, amour admiration amitié, cohabitent. Il traduit Paul Valéry en allemand. Il voyage énormément, un homme toujours en partance. Dans ses œuvres il passe de la tempête au calme apaisé. Toujours en déséquilibre ou en équilibre instable. À cheval entre la rose et la mort. Rose dont une épine le piquera méchamment, entraînant une leucémie dont il refusera, dit-on, la thérapeutique, pour maîtriser sa propre mort. Un autre écrivain cité dans ce blog, lui aussi était à la recherche d’un absolu, entre rose mouton renard et lumière. Reste à savoir, c’est quoi la lumière ? C’est où ? C’est comment ? C’est seul, ou avec les autres ?
Rilke, un grand poète raffiné, violent musical, tourmenté.
Auteur des Élégies de Duino (1922)
« Je ne suis pas de ceux que l’amour console. Il en va bien ainsi. Qu’est-ce, en effet, qui me serait plus inutile à la fin qu’une vie consolée ? ». Rainer-Maria Rilke.
Rainer Maria Rilke
Lettres à une musicienne
Correspondance avec Benvenuta
Éditions Maren Sell Calmann Lévy (1998)
Fleur de Lotus
Été 2013
« NOUS SOMMES
SOLITUDE»
Franz Xavier Kappus, vingt ans, élève d’une école militaire, envoie en 1902, à Rainer-Maria Rilke, ses premières œuvres poétiques. Ainsi commence la correspondance du « maître » et de son disciple. Rilke lui écrira 10 lettres du 17 février 1903 au 26 décembre 1908. Postées de Paris, Pise Brême, Rome, de Suède. L’élève abandonnera le métier des armes et écrira des romans.
Rilke se refuse à la critique des vers reçus. Il hait la critique. Il reproche aux vers de Kappus, de ne pas parler assez de l’auteur, qu’il n’a pas été au fond de sa personnalité. « Votre regard est tourné vers le dehors ; c’est cela surtout que maintenant que vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apportez conseil. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Suis-je vraiment contraint d’écrire ? Si la réponse est oui « je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité. Tournez là votre esprit. Plongez dans votre propre monde alors vous ne songerez pas à demander si ces vers sont bons. Une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité. » Il faut confondre sa vie avec ses créations, sans pressions ni hâte , faire un travail sur soi. Un seul chemin « Aller en soi dans ces régions fermées à l’entendement ». Fuir l’impulsion. Refuser d’ « être compris de ses proches ».Vivre ses questions, les aimer les « pour pouvoir entrer insensiblement, un jour, dans les réponses ». Amour vie sexuelle création sont semblables parce que difficiles, « une seule et même jouissance pas de mâle mais d’homme ».
Rilke est-il religieux ? Mystique ? Faut-il créer pour pouvoir vivre ?
Au-delà des lettres cet écrit est un manifeste sur ce que devrait être la création, une plongée dans la vie de Rilke. Une approche à la lecture de ses œuvres.
Claude Dubar, sociologue, le jeudi 3 novembre 2005 vers midi, termine son cours sur « la Culture », par cette citation du pape du surréalisme : « Faire de sa vie une œuvre d’art » Est-ce cela, que Rainer-Maria Rilke, a voulu faire de sa vie ?
Rainer-Maria Rilke, poète né en Autriche en 1875 mort d’une leucémie en Suisse en 1916. Pétri d’angoisse, attiré par la lumière, ou la mort, l’éternité. Il ne garde pas de bon souvenir de son enfance. C’est un être en détresse, un personnage errant, voyageur solitaire, aimé des femmes. Proche de Rodin et de Cézanne. Par la démarche de création, il tente de faire de l’angoisse « des objets d’art ». Il se bat contre lui-même. À la fin de sa vie il considérera la mort « non comme une rupture mais comme le couronnement d’une vie ».
Rainer-Maria Rilke
Lettres à un jeune poète
Calmann Lévy
Fleur de Lotus
Été 2013

« Mon ange, garde-moi Je t’adore Je te bénis mon fils chéri J’habite ton clocher »
« 1938
Mon Jeannot,
C’est le plus merveilleux Noël de toute ma vie. Dans mes souliers, il y a ton cœur, ton corps, ton âme, la joie de vivre et travailler ensemble. Un objet serait « le cadeau utile » que je réprouve. Du superflu. Je ne regarderais que les mains qui le donnent. Mon Jeannot, jamais je ne te répéterai assez : merci, merci pour ton génie créateur, merci pour notre amour.
Ton Jean »
Ainsi commence la correspondance de Jean Cocteau à Jean Marais, de Noël 1938 au 6 septembre 1963. Le même jour qu’Édith Piaf, le 11 octobre 1963, il traverse le beau miroir noir et blanc. FIN. Au fil de ce discours amoureux qui parcourt un quart de siècle, on rencontre Piaf, P. Meurisse, Reggiani, Trénet, Coco Chanel, J-P. Aumont, V. Tessier, Moreau son dentiste et aussi l’actrice, Claude Dauphin, 107 le nom de son petit chien bâtard qui était aussi celui de sa compagnie théâtrale, Kessel, Willemetz, Gaby Morlay, le traiteur Prunier, Violette Morris coureur automobile toujours habillée en homme les cheveux en brosse, qui, sous prétexte qu’ils la gênaient pour conduire s’étaient fait couper les seins, Armand Salacrou, Mireille, les Breton, Roger Stéphane, une recette du riz à l’espagnole, Guitry, Madeleine Sologne, Delannoy, Maurice Ronet, le Bœuf sur le Toit, D. Darrieux E. Feuillère, Marlène Dietrich, Elvire Popesco, Girardot, Picasso, Melville, les Jouhandeau, Paul-Émile Victor… La liste serait trop longue... Sur vingt-cinq ans c’est une chronique de la vie littéraire, artistique, parisienne, qui défile.
Les lettres sont écrites en fonction des années, soit du 19 place de la Madeleine, de l’hôtel Ritz, à Bord de la Mouette, de Perpignan, du 36 rue de Montpensier, de la Côte d’Azur, de Milly-la-Forêt, d’autres lieux, d’autres pays.
Jean Marais n’a pas fourni les lettres que lui-même adressait à Cocteau. Est-ce par pudeur ? Les a t-il retrouvées ? Ou les juge t-il « primaires naïves et sans intérêt » ? Cette absence ne manque pas. Jean Marais écrit dans sa préface « celles de Jean Cocteau à elles seules suffisent à raconter notre histoire (…) Le seul défaut que j’aie pu découvrir chez Jean Cocteau c’est qu’il me voyait paré de toutes les qualités que je n’avais pas ».
Laissons les pisse-froid terribles, les détracteurs parler de « mensonges de mauvaise foi d’inventions d’illusionniste », Moi, je lis – et espère vous faire partager- dans cette encre quotidienne du poète, la sensibilité, la tendresse le sentiment amoureux, la folie qui autorise à dire je t’aime, l’éternelle belle jeunesse, l’amitié, l’aspect écriture spontanée simple, le travail théâtral, les choses de la vie quotidienne, la naissance d’une peinture, les douleurs qui montent la vieillesse qui marche, la mémoire qui se troue.
« Mon Jeannot
« Ton écriture me chauffe le coeur, mais je voudrais en savoir davantage »
« Me voilà. Peux-tu dîner mardi ?
Je n’ai trouvé personne au bout du fil.
Mais l’autre fil (le vrai) va de ton cœur à mon cœur »
« Je pense à toi chaque minute et je t’embrasse comme je t’aime. »
« Donne vite de tes nouvelles. Je t’aime, mon bon ange. »
« Pardonne mon écriture ; La fatigue y est pour quelque chose. »
« Écris- moi une ou deux lignes qui me rassurent. »
« Mon ange, tâche de m’appeler et de me réconforter de ta bonne voix soleil. Il fait presque froid ce soir. »
Ce pauvre : Jean » (Mars août 1956)
Cocteau n’écrit pas avec sa tête, à moins qu’elle ne s’appelle le talent, sans effet de littérature. La main du poète est guidée par son sang par son coeur. Face à l’iconographie qui parsème ces 500 pages, j’ai revu le si bon visage de Jean Marais. Son corps naturellement beau. Entre les lignes lues, j’ai cru entendre la voix particulière, nasillarde, de Jeannot. Celle d’un ange.
Si vous le voulez bien, lectrice et lecteur, comme signature de cette page :
Une étoile.
En 1928-1929, l’administration pénitentiaire, pour contrebalancer dans l’opinion publique les campagnes contre les bagnes d’enfants, et donner une image « positive » des établissements pour adultes, commande à Henri Manuel –photographe de mode- un gigantesque reportage photographique sur ses institutions. L’assistant du photographe s’appelle Jean Marais.
Au début du mois de Mars 1959 Jean Marais envoie une lettre à Cocteau : « Cette lettre annonçait la mort de mon père que j’ai connu huit jours avant sa disparition » écrit-il dans une note en bas de page. Dans sa réponse du 15 mars, Cocteau parle du « rôle atroce » que la mère a joué, faisant de son fils « l’ennemi » de son père. Cocteau signera plusieurs lettres de ces mots « Ton seul papa désormais ». Né en 1913, Jean Marais décède en 1998. Acteur, cascadeur, potier, amant puis ami de Jean Cocteau.
Jean Cocteau (1889-1963). Poète, cinéaste, peintre, céramiste. Des zones d’ombres subsistent sur son comportement pendant l'Occupation.
Albin Michel (1987)
Fleur de Lotus
Été 2013

Juin 1976. Miller est malade. Fragile. « Aveugle d’un œil ». Au bout d’une longue intervention, les chirurgiens lui ont posé une artère artificielle. Il est en train de rompre chaotiquement avec son épouse, la pianiste japonaise Hoki. Sa hanche le fait souffrir. Une jambe aussi. Il marche avec une canne, s’appuyant sur un bras complaisant. Il se déplace aussi en fauteuil roulant. Il a 84 ans. Une Belle, que l’on n’attend plus, arrive. Le hasard… dans un livre sur un papier elle trouve son adresse… jette une bouteille à la mer… Cette jeune actrice de cinéma lui écrit. Vers quelle île, quel corps immergé, quel récif vaillant, écrit-elle ? Lui, n’est pas la Bête. C’est un grand écrivain américain du 20ième siècle, très connu en France. Il meurt 4 ans plus tard, (né en 1891) Il lui écrit, plusieurs fois par jour, 1500 lettres. Dès le début il reçoit des photographies d’elle plus ou moins habillée. Le ton est tout de suite intime. L’écrivain nomme un chat un chat, il garde son style d’écriture « anatomique », sans crier gare, au détour d’un mot, l’érotisme est là, toujours avec sourire et humour, ou faussement enfantin « J’aime bien votre tout petit nombril. Je piquerai un baiser ici, avec votre autorisation », Au bout d’un mois d’échanges épistolaires elle se rend chez lui… « Brenda, c’est vous, dit-il. Pendant un instant, j’ai cru que vous étiez une apparition ! » Je m’approchai et il sourit. J’avais l’impression de le connaître depuis toujours » (Brenda Venus juillet 1976). Brenda a du sang indien dans les veines, alors Henry lui fait une entaille au poignet, et ils mélangent leur sang. « Brenda-en-chair-et-en-os », avec un sexe et sa vie, à elle, aussi. Quand Miller sent qu’il a été trop loin dans l’érotisme, il s’en excuse dans la lettre suivante, ou bien Brenda ne termine pas la lecture de la lettre, la range dans un tiroir et la reprend, plus tard. « Henry me dit qu’il voulait m’écrire une lettre osée. Ce genre de suggestion, si elle m’avait été adressée par n’importe quel autre homme de quatre-vingt-sept ans m’aurait dégoûtée ; mais qui étais-je pour dire à Henry Miller ce qu’il pouvait ou ne devait pas écrire ? » (B.V.)
Ces lettres d’amour sont un savant cocktail d’imaginaire et de réalité. Brenda est sa muse intime, sa complice, peut-être ce qui le maintient en vie. Ses commentaires qui ponctuent les lettres de l’écrivain sont un témoignage de la fin de vie de Miller sur sa philosophie de vie. Au fil des missives apparaissent Rimbaud, Baudelaire, Blaise Cendrars, Francis Coppola, Walt Whitman, Louis Malle, L’Empire des sens est qualifié de vulgaire porno, Chopin Beethoven, « Ce truc fabuleux, pour composer une ode à la joie pareille, il faut sûrement être un peu dérangé. Aucune grande œuvre n’est possible sans un grain de folie. Shakespeare était toqué, Rabelais aussi ». Giono, Valery Larbaud, Pierre Loti, Ravel, Romain Rolland, Anatole France, Gilles de Rais, Ionesco, Botticelli. Les Hindous et le mélange sexualité-religion le fascinent, Saint-François d’Assise le passionnait.
Il est humilié quand elle l’aide à marcher ou le porte pour rentrer dans un restaurant un soir d’hiver neigeux. Miller est le professeur, Venus l’élève, elle s’instruit à son contact, art littérature, et sans prévenir il y a « l’autre Henry qui se vantait du réalisme, aussi cru qu’il soit, de tant de ses descriptions sexuelles ». (Brenda mai 1977). Brenda lui demande pourquoi cette dualité, « Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Ne me demande jamais pourquoi ? Il n’y a pas de réponse à pourquoi. Les gens font ce qu’ils veulent faire » (juillet 1977) Pour l’anniversaire de Brenda,10/11/78, Miller lui écrit un longue lettre (…) « Certes je ne m’attends pas à ce que tu me laisses te baiser. Tu devrais m’accorder au moins à moi le privilège de te toucher partout, de te caresser, en d’autres termes. Et peut-être vice versa (…). « Je n’ai répondu ni par lettre ni par téléphone, mais le lendemain je suis passée chez lui. Je portais une robe blanche. Je suis rentré dans sa chambre en disant : Henry, à propos de votre demande… il était assis dans son lit ; j’ai ouvert ma robe et elle est tombée parterre. Je n’ai pas dit un mot. Je me suis rhabillée ; Il a souri, j’ai souri, et je suis repartie ». Ce furent leurs seules relations sexuelles.
« 26/5/80 Brenda chérie, je vais dicter cette lettre à Bill, je n’arrive pas à écrire. Tu m’as manqué beaucoup (…) Je suppose que tu devines que je ne suis pas en forme (…) Ceci va te sembler une drôle de lettre. Et c’est une drôle de lettre. Je m’en rends compte. (…)Nous devrons attendre, je crois, d’arriver dans un monde meilleur. Je pense que c’est ça. Cette nuit je te tiendrai dans mes bras. Et te laisserai intacte. H.M. »
« Bon voyage, Henri chéri. B.V. »
« Je peux écrire jusqu’à la mort. Pas mal quoi ! Non pas du tout, mon vieux. Dernières lignes écrites à la main par Henry Miller en français et en anglais, juste avant de mourir le 7 juin 1980.
Pour lui, les Etats-Unis sont « un cauchemar climatisé », source du mal, l’Europe « la source du bien ». A Paris en 1930 il rencontre Anaïs Nin, Queneau. Son œuvre se rapproche de celles de Lautréamont, de Baudelaire. Il a souvent été pris pour un obsédé sexuel et un pornographe. On peut le relier à l’œuvre de William Reich.
Ses œuvres : Tropique du Cancer 1934, Le Colosse de Maroussi1 1941, La Crucifixion en rose à partir de 1949, Jours tranquilles à Clichy 1956, etc.
Fleur de Lotus été 2014




