LETTRES D'ATHLETES
Antoine Blondin,
A mes prochains - Lettres 1943-1984.
Édition établie et présentée par Alain Cresciucci
La Table Ronde 2009
L’auteur n’est pas connu comme épistolier. On sait de lui, son amour de l’athlétisme, du cyclisme. Il était un des plus grands descendeurs sur le Tour de France. Là, on ne parle pas des cols qui ont fait la gloire des forçats de la route. Quelques romans ou nouvelles, des scénarii dont Un singe en hiver –Belmondo Flon Gabin- Beaucoup d’articles de presse, de chroniques sur le sport.
À 21 ans, il est en Allemagne à Pottschach pour le Service du Travail Obligatoire, nous sommes en 1943. Il revient en France en mai 1945. Le STO, c’est le début de sa correspondance. D’Allemagne, il écrit surtout à sa mère, à son père. Après ses premiers succès, il échange avec les romanciers Michel Déon Kléber Haedens Roger Nimier, ceux que l’on appelle « Les Hussards », Catherine et Roland Laudenbach (éditeur et écrivain). Puis, ses amis disparus, ou éloignés.
La correspondance s’arrête en 1984. Il a 62 ans. Il nous fait partager, ses soucis financiers, ses déboires avec l’alcool, ses échecs vers la sobriété, sa difficulté à écrire, ses regrets de n’avoir pas une œuvre plus importante. Membre du Jury du prix Interallié il nous fait part de ses souhaits pour les prochains lauréats. Quelques lignes sur les hivers rudes du Limousin sous la neige, sur ses hémorragies, ses séjours à l’hôpital, ses comas. Finalement en y lisant de près, il n’était pas aussi fêtard et joyeux drille que l’image qui reste de lui, ou de l’image qu’on a voulu faire de cet écrivain.
Attardons-nous sur les lettres qu’il écrit, entre 1970 et 1984, depuis Linards ou Françoise et Antoine possédaient une maison. Linards, petit bourg de Haute-Vienne, tout près du Mont-Gargan, lieu où le premier maquisard de France le colonel Georges Guingouin et ses compagnons bataillèrent victorieusement contre l’envahisseur nazi. Pas très loin, aussi, du lieu de naissance du peintre Paul Rebeyrolle. C’est aussi à quelques coups de pédales de Saint-Léonard-de-Noblat, ville du champion cycliste Raymond Poulidor.
À Michel Déon, Salas Linards février 1970 : « Je laboure des phrases à la grande stupéfaction des paysans du hameau qui me prennent pour un maquereau. Je ne me rappelais pas que c’était si difficile. Je porte une barbe gaëlique, à la suite d’une bagarre au finish en rase campagne qui m’a ouvert les joues (…) Au creux de la gadoue où je m’enlise, je vous envie d’être en Irlande. Dublin, Guinness-sur-Mer, m’enchante. Sur les bords de la Liffey. Que fait-il ? Que fait-il ? Sur les bords de la Liffey. Dis-moi le temps Kyl y fait… »
À Kléber Haedens, Centre hospitalier Limoges 1er mai1972 : « Ayant retrouvé l’usage de mes lobes, comme eût dit Marcel Bernard – joueur de tennis-, j’en profite pour t’exprimer la joie confortable où m’a plongé ta lettre ; j’en avais besoin dans l’étrange garnison hospitalière qui m’abrite. Les plus avenants ressemblent à De Funès, les plus cabossés à Dufilho. J’ignore le son de leur voix. »
À Roland Laudenbach, Linards 20 août 1984 : « Cher vieux, Avant de rentrer ici, j’ai essayé plusieurs fois de te joindre pour me réjouir des vacances que vous veniez de passer Catherine et toi. Je compte partager les trois jours du Tour du Limousin pour corriger un peu LA TRISTESSE AMBIANTE DE LA VIE. Nous sommes un peu gênés en ce moment. Pourrais-tu confier à la comptabilité ma Sécurité sociale d ‘écrivain. En te remerciant par avance, Françoise se joint à moi pour vous embrasser.»
Le vendredi 21 août 2015, FDL termine ce billet pendant que l’Italien Sonny Cobrelli de l’équipe Bardiani remporte à Limoges le 48ième Tour du Limousin, et que l’Anglais Chris Froome prend le départ en Andalousie pour tenter le doublé Tour de France Vuelta.
Antoine Blondin (1922-1991), auteur de L’Europe buissonnière, Les enfants du Bon Dieu Monsieur Jadis.
Fleur de Lotus, août 2015
BLONDIN S'AFFICHE RUE JADIS... BLONDIN S'AFFICHE RUE JADIS...BLONDIN S'AFFICHE RUE JADIS... BLONDIN S'AFFICHE RUE JADIS... BLONDIN S'AFFICHE RUE JADIS... BLONDIN S'AFFICHE RUE JADIS... BLONDIN S'AFFICHE RUE JADIS... BLONDIN S'AFFICHE RUE JADIS...
Ce dimanche 31 juillet, la voiture-balai vient de passer. Elle pousse les coureurs attardés de cette deuxième et dernière étape de la course (Elite nationale) Volvic (63)-Feytiat (87). Les échappées et le peloton ont traversé le bourg de Linards en Haute-Vienne. Dans cette région de Raymond Poulidor, mine de rien les routes montent et montent encore. Les couleurs des maillots se sont évanouies vers la ligne d’arrivée. Les coureurs n’ont pas eu le loisir de jouer les chalands, de découvrir, à droite et à gauche de la chaussée, de drôles d’affiches… Martine Doutey, la municipalité, avec la complicité des commerçants des habitants, ont eu l’idée de semer à travers tout le village des citations de l’auteur de Rue Jadis pour célébrer le 25ème anniversaire de la mort d’Antoine Blondin, l’écrivain régional.
« J’ai écrit parce que c’est la chose la plus facile pour moi » / « Le zinc est un métal conducteur d’amitié » / « On ne guérit pas du Tour de France » / « Je me suis mis à écrire pour ne plus avoir à parler » / « La dernière image, la plus poignante du cirque de Charlot montre le clown désespéré au milieu de la place déserte tandis que la caravane s’éloigne. Ma valise à la main, je n’ai pas le courage de me donner, moi aussi, un coup de pied aux fesses pour repartir dans la vie » / « Je m’aperçus qu’écrire, sous quelque forme que ce soit, c’est se souvenir » / « Une paire de truite sur le rebord de la fenêtre, un chou-fleur posés sur la haie sur le ce sont les cadeaux anonymes des indigènes qui veillent sur nous » / « De véritables amis ne perdent rien à cultiver leurs différence » / « La défense de la langue française demeure le fait de quelques professeurs émérites. J’insiste, en passant, sur ce point qu’émérite ne signifie pas excellent ou supérieur comme on le croit souvent, mais bien à la retraite » / « Ils sont tellement nombreux les moments de ma vie où j’ai envisagé allégrement de devenir romancier et, plus nombreux encore, ceux où j’ai renoncé avec accablement » / « L’amitié, le sport, la littérature, ont trouvé un écho qui me permet de poser un front apaisé contre la vitre où s’inscrit la campagne limousine, ses horizons, son désert » / « Ce que j’ai fait de ma vie j’espère faire mieux la prochaine fois » / « Désormais, ils (les habitants de Salas où est sa maison) guettent ma production avec la gourmandise anxieuse qu’on porte à un châssis à melon » / « Ici quand le vin est tiré, il ne faut pas le boire, il faut le respirer » / « Bien avant de devenir une sorte de romancier, je fus moi-même un sujet de roman » / « J’aime qu’on puisse rencontrer dans presque chaque village, une beauté insolente, véritable personne déplacée, mauvaise herbe ou trop belle » / « Quel plus juste destin pour un roman fleuve que de finir au bord de l’eau » / « Je sens que je demeure toujours dans l’endroit que je quitte » / « J’étais placé si près que j’entendais craquer les articulations de cette personne. Elle semblait s’épuiser à réinventer le télégraphe » / « C’est un hameau de vieux, où le fourgon léger qui accomplit à travers la campagne le ramassage des écoliers n’a pas la peine de s’arrêter » / « Vienne l’instant du départ, l’effroi d’être heureuse s’efface devant la douceur d’être triste et elles vous accordent un baiser pour mieux vous regretter » / « Nous portons d’un foyer à l’autre le pollen des amitiés en jachère » / « La difficulté de vivre ensemble vient de ce qu’on rêve séparément. Les choses s’arrangent chez les êtres qui accordent peu de place à l’imaginaire » / « Je me suis habitué à vivre au seuil de moi-même parce qu’à l’intérieur il fait trop sombre » / « Le plus beau décor du monde a besoin d’être animé. Il tire son prix des rites amicaux qu’il encadre » / « À la réflexion, les quatre romans que j’ai écrits jusqu’ici, chacun à sa manière, m’amusent, ou m’émeuvent, et toute manière m’étonnent venant de moi. »
Fleur de Lotus, le 27 août 2016





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