L'Histoire en lettres

Robert Laffont 1997
« Vous êtes François ; je suis votre Roi ; voilà l’ennemi !
Enfans, gardez bien vos rangs. Si l’étendard vous manque, voici le signe du ralliement ; suivez mon panache, vous le verrez toujours au chemin de l’honneur et de la victoire. » 1590 14 mars.
Le gascon troquait souvent le glaive pour la plume, aussi bien sur le champ de bataille qu’au pied du lit d’une de ses nombreuses maîtresses. Soldat et amoureux à la fois. Son écriture directe va directement à la cible ou au cœur. On l’appelait le « Béarnais » le « Reyot de merde » le « Vert Galant ». Les destinataires : Gabrielle d’Estrées, Marie Médicis, Diane d’Andouins… des hommes aussi, pour obtenir leurs soutiens des renforts, des petits services. À la lecture, vous saurez toutes sur les fièvres les vomissements les rétentions d’urine les coliques les maux d’estomac les parties de chasse de ce bon Henri, les intrigues les soupçons aussi. Ces lettres, intimes sentimentales ou politiques, d’un personnage historique font partie de l’Histoire.
À 57 ans, il s’apprêtait à trousser une jeunette « qui aurait pu être sa petite fille », ce 14 mai 1610, quand le couteau de l’assassin stoppa net ses désirs épistolaires et tout le reste.
À la Comtesse de Grammont. À Chelles, ce 14 mai1590
« Je suis fort fidèlement servi et vous dirai que les ennemis me feront plutôt mal que peur. Sur cette vérité, je te baiserai et te rebaiserai, mon cœur, un million de fois les pieds, les mains, la bouche et les yeux. »
À la Marquise de Verneuil 1604 vers la mi-avril
« Si vos effets suivoient vos paroles, je ne serois pas mal satisfait de vous comme je suis.Vos lettres ne parlent qu’affection ; votre procédé envers moi, qu’ingratitude. Il y a cinq ans et plus que vous continuez cette façon de vivre, trouvée étrange de tout le monde. Jugez de moi, à qui elle touche tant, ce qu’elle doit être. Il vous est utile que l’on pense que je vous aime, et à moi honteux que l’on voie que je souffre que vous ne m’aimiez pas. C’est pourquoi vous m’écrivez et pourquoi je vous paye de silence. Si vous me voulez traiter comme vous devez, je serai plus à vous que jamais : si non gardez cette lettre pour la dernière que vous recevrez jamais de moi, qui vous baise un million de fois les mains. »
On lui doit la création de la manufacture des Gobelins, la place des Vosges, la pacification, le développement de l’agriculture, l’Edit de Nantes.
Fleur de Lotus
Été 2013
Flamme postale de la ville de Chartres, dans la cathédrale de laquelle eut lieu le sacre de Henri IV en 1594.
Georges Guingouin, instituteur secrétaire de mairie, prend le maquis en février 1941. Combien sont-ils à cette date ? Il a beaucoup lu. Surtout la littérature des insoumis, Jacquou le Croquant, Burgou le brigand genre Robin des bois, Robespierre Saint-Just, Hugo, Erckmann-Chatrian, Marx, Jaurès, il connaît le Cid par cœur…
Le « Premier maquisard de France » … toujours reconnaissable avec ses lunettes… très charismatique, réunit fédère entraîne autour de lui, imprime tracts, faux papiers, cartes d’alimentation. Petit à petit la Première Brigade de Marche Limousine prend forme. « Préfet du maquis », il gère l’économie de la Montagne Limousine, fixe les prix, pourchasse les collaborateurs, traque ceux qui s’adonnent au marché noir. Lui et ses hommes sabotent les batteuses les botteleuses, un viaduc, une usine… Ils réceptionnent les parachutages, s’organisent.
Du 11 au 19 Juillet 1944, sous son commandement, les maquisards, à Châteauneuf-la-Forêt, Forêt Haute, Saint Gilles-les-Forêts, Sussac, au Mont-Gargan, affrontent frontalement dans une guerre de position les troupes ennemies. Ce sera une des rares victoires du maquis en France. Le 20, ils reprennent la guérilla. Ces combats retardent la montée de la division Das Reich, qui tente de rejoindre les plages du débarquement en Normandie.
Lui, qui avec ses camarades ont été victorieux des ennemis français collaborateurs et des troupes nazies, le militant anti-fasciste, l’unique manifestant normalien de 1934 à Limoges, le communiste autogestionnaire et humanitaire de la première heure, le libérateur le 21 août 1944 de Limoges sans effusion de sang (contre l’avis du Parti Communiste Français qui voulait qu’elle soit prise les armes à la main, souvenons-nous des 99 pendus de Tulle… et d’Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944, 640 victimes), le futur Compagnon de la Libération le 19 octobre 1945, lui le maire de Limoges –1945 à 1947-, pour la Section Française de l’Internationale Ouvrière et le Parti Communiste Français – on ne désobéit pas au Parti stalinien dont il sera « exclu » en 1952, comme Tillon Marty- lui devient, pour tous ceux-là et pour d’anciens collaborateurs des policiers des magistrats, la bête à abattre.
Il est embastillé, sans ménagements, avec violences à Tulle, Brive. « L’homme des bois, le fou, Lou Grand, le communiste rural » aurait pu mourir en prison. Le résistant se bat, continue la lutte. Au procès, il sera défendu par deux jeunes avocats Roland Dumas (dont le père, résistant, fut arrêté et fusillé en 1940 à Brantôme) et Robert Badinter, futurs ministres de François Mitterrand. Un non-lieu est prononcé en 1959. Il redevient, dans l’anonymat et une totale discrétion, un simple instituteur, et sera réhabilité par Robert Hue, secrétaire général du PCF en 1998. Il gardera le silence et ne fera aucun commentaire.
À consulter :
le Maitron, dictionnaire du Mouvement ouvrier et du mouvement social de 1940 à 1968, pour préciser la biographie du lieutenant-colonel Georges Guingouin, né en février 1913, élevé au grade de grand croix de la Légion d’honneur en juin 2005, décédé le jeudi 27 octobre 2005. Sa tombe est à Saint-Gilles-les-Forêts. Il regarde le Mont-Gargan.
Sources :
Per Lou Grand, le bulletin Les amis du musée de la résistance de Limoges.
À lire : d’Armand Gatti (maquisard en Corrèze) : Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin.
À voir : à Eymoutiers (87), le tableau fixé de guingois de Paul Rebeyrolle : Le Cyclope, hommage à Georges Guingouin.
Fleur de Lotus, le 6 septembre 2016
Enveloppe " Guingouin - Per Lou Grand ", riche collage pictural et végétal par Fleur de Lotus, posté depuis la forêt limousine.
Gros plans de l'enveloppe " Guingouin - Per Lou Grand ", par Fleur de Lotus.
Conférence par Francis Deguilly,
membre du Comité de rédaction des Cahiers Max Jacob,
dans le cadre de l'exposition
Un poète assassiné, Drancy 1944
(jusqu'au 21 septembre 2014)
Max Jacob est né en 1876 à Quimper. Issu d'une famille juive, il s'est converti au catholicisme en 1915. Mais cela n'a pas empêché les occupants allemands, pendant la Seconde Guerre Mondiale, de le persécuter et de le spolier de ses droits d'auteur.
C'est cette période de la vie du poète-graphiste-essayiste catholique de droite, qui a vécu plusieurs années à Saint-Benoît-sur-Loire et à Orléans, que présente l'exposition du CERCIL (Centre d'Etude et de Recherche sur les Camps d'Internement dans le Loiret et la déportation juive).
Le samedi 22 mars 2014, une conférence a porté sur la correspondance de Max Jacob, particulièrement importante, dont une partie a été publiée. Trois thèmes sont ressortis de cette communication et des lettres exposées.
Les conditions de vie de Max Jacob avant et après son arrestation
Même s'il a connu des temps plus fastes que d'autres, l'artiste a vécu le plus souvent dans une grande pauvreté. Dans ses lettres, il se plaignait de devoir réaliser des dessins et gouaches représentant des paysages, alors qu'il aurait voulu se consacrer à la poésie.
A la suite de son arrestation le 24 février 1944 en même temps que 64 autres personnes, d'abord détenu à la prison militaire allemande, pour être transféré à Drancy le 28 février via la gare d'Austerlitz, il a fait partie des personnes qui ont fait passer des lettres d'appel à l'aide, dans lesquelles apparaissent les conditions sordides de cette détention.
La liberté d'expression et de ton de Max Jacob
Max Jacob a pris le risque d'écrire dans sa correspondance ce qu'il ressentait. Mais il n'a pas gardé les lettres de ses amis, pour ne pas risquer de les compromettre. Au moment de son arrestation, il vivait retiré à Saint-Benoît-sur-Loire, ayant refusé la proposition de le faire passer en zone libre.
Les relations de Max Jacob avec d'autres personnalités
Max Jacob, bien qu'il ait terminé sa vie dans une existence quasi monastique, a gardé contact par la correspondance avec des artistes rencontrés lorsqu'il habitait à Paris : Picasso et Cocteau, notamment, qui ont voulu l'aider lorsque, détenu en route pour Drancy, il leur a fait passer des lettres, ainsi qu'à Jacques, son frère. Ses autres amis s'appelaient Modigliani, Matisse...
Max Jacob a également entretenu une relation d'amitié avec Paul Petit, diplomate catholique et Résistant, interné dans une forteresse en Allemagne et exécuté en août 1944. Dans leur correspondance apparaissent des questions intellectuelles mais aussi des questions de ravitaillement.
Max Jacob a apporté son soutien et ses conseils à de jeunes artistes, qui se sont parfois pris d'affection pour lui, au point de lui écrire des lettres d'un "style flamboyant", avant d'être déçus d'avoir tant idéalisé cette relation.
Lettres d'artistes, lettres de souffrance, lettres d'entraide, les lettres ont été particulièrement présentes dans le parcours de Max Jacob, et leur interruption même en dit long sur ce qu'il ressent à la suite d'un terrible événement : la déportation de sa sœur, le 21 janvier 1944.
Les lettres n'ont pas pu sauver Max Jacob. Le déporté de numéro d'ordre 15 872 au camp de Drancy en Seine-Saint-Denis est mort d'épuisement, victime d'une congestion pulmonaire, le 5 mars 1944. En 1960, Max Jacob a été élevé au rang de "poète mort pour la France".
L'exposition du CERCIL est riche en documents, lettres, photographies, dessins... Dans une présentation claire et exhaustive, elle permet à tout un chacun de se représenter un peu mieux la place de Max Jacob, entre l'histoire de France et le destin personnel d'un artiste au coeur du vivier artistique d'une époque, en même temps conteur contemplatif et satirique de cette époque.
Volubilis, 23 mars 2014.
Timbre "Déportation-1964-XX° anniversaire de la Libération", Création de Bernard Aldebert, graveur J. Combet, photo FDL.
Timbre de 1963, "A la Mémoire des Déportés-Ile de la Cité", à la suite de l'inauguration en 1962 par le Président de Gaulle du monument réalisé par G-.H. Pingusson ("Mémorial des Martyrs de la Déportation").
LA VIE
Lettres choisies
et présentées
par Guy Krivopissko
Introduction de
François Marcot
Avant-propos de
Jean-Jacques Goldman
Editions Points -
Editions Tallandier
avril 2006,
334 p.
Elles sont souvent porteuses de messages d'espoir, ces lettres, d'amour, et même de réconciliation. Pas facile, pourtant, leur lecture. Besoin de pauses. Parce qu'elles secouent le lecteur, le réveillent.
Lorsque l'on pense à leurs expéditeurs, parfois très jeunes, confrontés à leurs derniers moments avant l'exécution, et aux destinataires, dont l'attente et l'espoir sont brisés par la sentence, lorsque l'on pense à l'ouverture et à la lecture de ces lettres après l'exécution, parfois des mois plus tard, on entrevoit le tragique et la douleur de la situation.
Lorsque l'on pense au parcours de ces lettres, parfois lancées, confiées au hasard pour éviter la censure, ou à une personne, comme des bouteilles à la mer, on se dit que pouvoir dire les mots que l'on a dans le cœur aux personnes que l'on aime tient alors à peu de choses.
Surtout, ce qui serre la poitrine en parcourant ces lignes, c'est de penser que ces lettres ont une brûlante particularité : il n'y aura à coup sûr pas de réponse. Le destinataire se trouvera devant l'effroyable absence de correspondant. La lettre entre les mains, il ne pourra pas expédier en retour ses sentiments et ses pensées, ni se précipiter à la rencontre de l'expéditeur pour lui dire son émotion. Il aura appris la nouvelle de l'exécution "par voie d'affiche ou par la presse", sans avoir pu voir la personne aimée pour lui dire adieu.
Comment dire assez merci aux personnes qui ont confié ces lettres à des musées ou archives, et à Guy Krivopissko, conservateur au musée de la Résistance nationale, à l'origine de ce livre ? Car nous entrons dans l'intimité des familles et des cercles d'amis, dans toute la simplicité de l'individu au-delà du héros, pour garder à l'esprit non seulement l'horreur de la guerre, mais aussi l'importance de l'engagement, de la solidarité, de la résistance à l'oppression, et de la préservation de la mémoire des combats pour la liberté.
A la suite d'une première version de ce livre en 2003, des familles de Résistants exécutés ont transmis des informations complémentaires à Guy Krivopissko, d'où cette version enrichie publiée en 2006.
Introduction et présentation resituent les lettres dans le contexte historique et politique, expliquant comment commence l'exécution de Résistants isolés, puis d'otages communistes et juifs en réaction à la lutte armée communiste. Le gouvernement de Vichy "choisit de participer à la répression".
A partir de 1942, la lutte armée communiste inspire d'autres mouvements de la Résistance, qui gagne les campagnes (maquis). La répression prend alors une plus grande ampleur.
François Marcot, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Besançon, met en valeur le courage des Résistants, de toutes origines sociales, de toutes confessions religieuses, et de tous pays. Il explique comment leur persévérance dans le combat est soutenue par de profondes motivations, par un engagement qui prend racine dans des convictions et qui ne fait pas l'économie de l'auto-critique et de la réflexion : attachement à la protection des civils, questionnement sur le passage à la lutte armée. Ces convictions sont parfois communes, d'autres fois spécifiques aux individus et aux groupes auxquels ils appartiennent.
Derrière ces lettres, il y a les conditions dans lesquelles elles ont été écrites : choc de l'annonce de l'exécution et volonté de rester digne jusqu'au bout, épuisement dû à la détention et aux tortures, matériel d'écriture de mauvaise qualité...
Au-delà de ces lettres, il y a des enjeux de communication entre Occupants et Résistants, les premiers interdisant qu'elles soient communiquées à la population, les seconds les diffusant clandestinement par la copie, l'impression ou la lecture sur des radios libres.
Plus proche de nous, ces lettres nous rappellent que la Résistance à l'oppression est possible, s'il y a assez de conviction et de foi en l'avenir, de désir de transmettre un monde plus juste. Le sacrifice de ces hommes et de ces femmes (Cf la lettre de France Bloch-Sérazin p. 168-170 + note p. 320) prend sens dans un combat à plus long terme, donc par les générations suivantes, pour construire et préserver une société respectueuse de valeurs de justice, de paix et de liberté.
Volubilis, 17 mai 2014.
D'autres enfants massacrés pendant la Seconde Guerre Mondiale : les enfants juifs réfugiés de la colonie d'Izieu. La rafle par la Gestapo de Lyon eut lieu le 6 avril1944, sur ordre de Klaus Barbie. Enveloppe de Fleur de Lotus, avec un timbre commémoratif dessiné par Stéphane Humbert-Bosset et gravé par Pierre Albuisson (premier jour : 6 avril 2014).

Lettres
inédites
à la BBC
1940-1944
« Les Français parlent aux Français », depuis Londres via la BBC, vers la France. Radio étrangère, faut-il le rappeler interdite d’écoute dans notre pays. Dans cette France de Pétain et des troupes nazies, des Français écrivent aux Français de Londres, adresse : « BBC station, London, Angleterre » ou « Prière de faire parvenir à la BBC » simplement « Général de Gaulle, Londres ». Aurélie Luneau, historienne et productrice à France Culture, a choisi pour cette publication, 200 lettres, dessins ou photographies, postés du continent et arrivés à Londres. Jean-Louis Crémieux-Brilhac en a écrit la préface. Né en 1917, jeune lycéen il rencontre A. Malraux et S. Zweig, assiste à la montée du nazisme en Allemagne. Fait prisonnier, il s’évade fin 1941 et rejoint Londres. Il participe aux émissions destinées aux réseaux de résistance en Europe. ». À Londres Jacques Duchesne, homme de théâtre neveu de J. Copeau (1897-1971) constitue une équipe avec Pierre Bourdan journaliste (1909-1948), Jean Oberlé artiste peintre (1900-1961), Jacques Borel (1906-1967) acteur proche des surréalistes et du groupe Octobre, ce dernier animera « Courrier de France ». Maurice Schumann journaliste (1911-1998) prend lui le micro le 18 juillet 1940 dans « Honneur et patrie » la première émission du général de Gaulle. Puis viendra le 3 octobre 1943 Pierre Dac. Certaines lettres de France seront lues à l’antenne, « Quand les Allemands nous brouillent les Français se débrouillent » Au fil des années d’occupation, les missives auront de plus en plus de mal à passer « le Channel ». Qui n’a pas en mémoire, ou entendu dans une salle de cinéma « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand » Slogan crée par J. Oberlé. Peu de postes au début des années 40. On se regroupe en famille ou entre amis, autour du récepteur, pour écouter des mots, des phrases, des paroles rebelles, insoumises. Allemand est remplacé par Boche.
La première difficulté était de déjouer la censure. La plupart des envois passaient par la Croix-Rouge, l’Espagne le Portugal la Suisse, par différents consulats. Une question : nos alliés anglais ne pratiquaient-ils pas une dernière censure ? Ce sont des témoignages uniques de la vie quotidienne sous l’occupation, sur l’état d’esprit du peuple de cette époque. Qu’ils soient poilus de 1914, enfants, paysans, intellectuels, étudiants ou ouvriers, ils ont écrit. Peu importe leurs classes sociales. Ils sont Français, meurtris par la défaite, certains, -nous sommes au début de janvier 1941- sont encore pétainistes. « Allez, Monsieur Churchill, laissez la place à un autre ou foutez-nous la paix ! » (20 août 1942 Mme Genevrier). Certaines lettres comportent des mots en anglais, un beau geste. La plupart en prose, peu en vers. Le pillage, les perquisitions des troupes allemandes sont signalés. Son fiancé est à Londres, l’amoureuse éplorée demande par courrier à la radio de Londres des nouvelles de son bien aimé, elle voudrait tant entendre sa voix dans le poste ! Des informations sur la construction de fortifications, sur des sites à bombarder sont fournies, avec des plans. Les privations alimentaires la faim, le manque de charbon le froid, le désespoir le découragement de ne voir rien venir, sont exprimés. La relève. Le STO. La peur du communisme. « La BBC nous casse les oreilles avec ses histoires glorifiant les juifs » (Alger mai 1943). Ces écrits servent aussi à dénoncer les traîtres, les mouchards, les femmes qui… Des envies de vengeances voient le jour. Les lettres peuvent-elles être des armes ? Le courrier vient de toute la France, des trois zones, libre, occupée, interdite. Les rafles des juifs étrangers et français, le port de l’étoile jaune font l’objet de lettres. Toutes les religions sont présentes. Quelques-uns écrivent plusieurs fois. Peu de lignes ou plusieurs pages. Des enveloppes ne sont pas assez affranchies. Certaines sont signées, d’autres anonymes pour des raisons de sécurité, ou alors paraphées d’initiales, d’un mot, Espérance, Un Français, La sténographe, Guillaume Tell, Tintin, Biquette, Poulette…
Aurélie Luneau, dans sa belle mise en scène, met en relation le contenu des lettres, et les faits politiques concomitants. Ce manuel d’histoire, et son importante iconographie, donne la parole au peuple, à son histoire à sa vie quotidienne. Il est divisé en quatre chapitres scientifiques : L’effondrement juin-décembre 1940. La France asservie janvier-décembre 1941. Le tournant de la guerre janvier-décembre 1942. L’attente janvier 1943-juin 1944.
Pour terminer ce billet, quels extraits de lettres choisir ? Après les élections européennes, remportées par l’extrême droite. Pour leur rendre hommage, je sélectionne des lettres qui racontent « les étrangers » qui sont venus, défendre la France, au prix de leur vie.
19 septembre 1940
Chers camarades français, (…) Lors de l’entrée des troupes ennemies, quelques tirailleurs sénégalais ont dû comme les autres se replier. L’un d’entre eux cerné s’était réfugié dans un grenier à foin. Ce Sénégalais citoyen français, combattant malheureux, devait bénéficier des lois de la guerre, prisonnier comme les autres, mais c’était un Noir, il a été fusillé immédiatement et enterré près d’un fumier, sa tombe est toujours là, et chaque jour l’on passe devant. À Épinal, un contingent de ces mêmes Sénégalais prisonniers se voit infliger le traitement le plus inhumain, sous alimentation complète, travaux pénibles, ces Français de couleur ne doivent pas survivre. Une femme a donné un peu de chocolat à un des tirailleurs. Le boche l’a repoussée avec la crosse de son fusil. Voilà comment sont traitées nos troupes coloniales, vaillants soldats de la plus grande France, frères de couleurs (…). Et en regard de ce texte sur la même page : « Près de 180 000 tirailleurs sénégalais sont mobilisés au 1er avril1940. 40 000 sont engagés dans les combats en métropole. Près de 17 000 sont tués, disparus ou blessés, lors de la bataille de France. »
Vierzon, 31 décembre 1940 (ville coupée parla ligne de démarcation)
Messieurs, Je me décide enfin à vous écrire (…) Notre ville est occupée depuis le jeudi 20 juin. Le pont du Cher a sauté. Et nos braves Sénégalais l’ont défendu pendant sept heures. Deux d’entre eux et un sergent furent tués. Ils sont enterrés au cimetière de Vierzon. Mes camarades et moi nous allons quelquefois sur leur tombe et nous sommes allés, pour la Toussaint, leur porter quelques chrysanthèmes. Je vous quitte pour aujourd’hui. Et merci beaucoup. Vive la France ! Vive l’Angleterre et vive notre de Gaulle ! n.s.
Fleur de Lotus le 31 mai 2014
Crédits photographiques : Laure Albin Guillot/Roger Viollet, BBC Written Archives Centre.
Illustrations extraites du livre, Crédits photographiques : Laure Albin Guillot/Roger Viollet, BBC Written Archives Centre.
"Collector de 5 timbres portant sur la guerre de 39-45 en mettant en avant le 70ème anniversaire du débarquement. À l'occasion du 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale et du 70e anniversaire du débarquement de la Seconde Guerre mondiale, La Poste rend hommage aux hommes et aux femmes engagés dans ces conflits au travers de la collection «Timbres Mémoire de Guerres»." (site internet de La Poste, La Boutique Web du Timbre), auteur : Agence Atlante, édition le 2 mai 2014

Ce livre de plus de 400 pages reproduit les écrits de François Mitterrand à son grand amour caché, Anne Pingeot. C’est le journal manuscrit de 1964 à 1970 d’un prochain Président de la République (mai 1981-mai 1995). Aux mots d’amour, au récit du quotidien, l’amoureux, qui se veut aussi le rassembleur de la gauche, mélange, intercale de façon presque enfantine, des découpages qu’il colle avec un simple ruban de papier adhésif sur vingt-deux blocs de papier à lettres de grand format, qu’il donne ensuite à la future mère de Mazarine, qui naîtra en 1974. Tickets de métro, billets de train, notes de restaurant, fleurs, articles de presse, bande dessinée de Copi, photographies de monuments, d’œuvres d’art, de Camus, Monica Vitti, Thévenet, André Rousselet (1922-2016) - bientôt fondateur de Canal + et exécuteur testamentaire de Fr. Mitterrand en 1996 -, Mendès France, J.J.S.S., dessins, publicité, cartes postales, commentaires sur lui, sur tout et rien, côtoyant les réflexions politiques. Ce patchwork nous emmène à Nevers, Château-Chinon, Joigny, Hossegor, dans sa bergerie de Latche et vers d’autres lieux, où l’amour pour Anne et la passion de la vie politique ne le quittent pas un instant. Tout ce méli-mélo, ce pêle-mêle, plus sérieux qu’il n’y paraît, est une mine pour les historiens.
Au hasard : « Lundi 30 aout 1965. Matinée perlée. Plage des casernes nous marchons, nouons nos pas qui s’étoilent et se mêlent, à l’image d’u grand bonheur. L’après-midi je t’abandonne pour le golf ! Je t’aperçois au retour. Mais surtout à dix heures, dans la nuit, nous entamons une balade sur la plage d’Hossegor. Le ciel est couvert, la mer coléreuse. Tu es vite fatiguée et d’humeur médiocre (pour une raison enfantine qui tourne autour de Bibiche et du golf !!). Nous rentrons les pieds piqués par les chardons des dunes et Anne hérissée. Cette photo, ce bout d’article pour que tu saches qu’une campagne se développe hors de moi pour m’amener à une décision. Une situation se crée avec la rigueur de l’analyse marxiste. »
François Mitterrand, JOURNAL POUR ANNE 1964-1970, Gallimard, octobre 2016.
Timbre François Mitterrand 1916-1996, mis en page par Jean-Paul COUSIN, d'après une photo de Christian Vioujard (agence Gamma).
Fleur de Lotus novembre 2018

Avant-propos d’Olivier Bauer
Ella est une nomade. Elle a la plume voyageuse. Sa mère, Marie Dagma, reçoit de sa fille 400 lettres en français ou en anglais de 1925 à 1941. La maman les publie. Aux missives sont joints des photographies, des plans. En 1941, sa fille se fixe, en Inde, auprès d’un sage. Elle lit les Védas, suit l’enseignement de Sri Ramana Maharishi. N’est-ce pas cette attitude le véritable voyage ?
Née en 1927, son cheminement s’éteint le 27 mars 1997, à Chandolin, en Suisse. Sportive de haut niveau, passionnée de hockey sur terre, de ski, de voile, s’intéressant à tout, y compris à l’archéologie, randonneuse avec sac à dos machine à écrire et Leïca … en voiture à cheval chameau mule en train carriole barque bateau, adepte des nuits dans les monastères ou dans les sovkhozes. Le fusil ou le revolver à portée de main. L’aventurière épistolière, sujette aux lumbagos, raconte des paysages, des pays, des habitants, des contrées des peuples ignorés de tous. Ella adore les chats qui la nuit fraîche s’enroulent autour de son cou. Elle écrit comme un photographe. Elle se reproche d’écrire « en grande hâte des lettres gribouillées ; mais comme elles vous font plaisir, j’écris comme je pense » Ethnologue ? Non. Féministe de l’époque sans doute. Écologiste avant l’heure. Entre deux publications ou conférences qui lui permettent de repartir –Connaissance du monde avant la lettre- la journaliste rencontre Paul-Émile Victor, Théodore Monod, le navigateur Alain Gerbault, Alexandra David-Neel, fréquente la haute société, Bernard Shaw Somerset Maugham. Belle dame n’êtes-vous pas un Jack London en jupon ? Sur les photos, vous portez joliment le pantalon, les tenues sportives, toujours élégante. Vos voyages, lointains ne sont-ils pas une fuite face à la montée de l’Europe nazie, entrevue ?
Elle s’entretient à Londres avec Winston Churchill en avril 1936.
Accrochons-nous à ses basques. 1925, elle écume toutes les îles de la Méditerranée, France Italie Grèce. On la retrouve figurante de cinéma à Berlin en 1929. Tolstoï l’héberge un temps à Moscou en 1930. Elle décrit les cantines, les rations alimentaires, les structures sportives, « la Société de Tourisme Prolétarien qui provoque en moi l’enthousiasme le plus sincère ». Puis l’Ukraine, le Caucase. « Nous sommes ici dans le dernier endroit où il existe une poste et j’en profite pour écrire un mot, doutant qu’il vous parvienne avant un mois ou deux (…) j’ai été au bazar ce matin et j’ai acheté une peau de bique pour rembourrer le sac de couchage acheté à Berlin. J’avais déjà acheté de la laine de chameau à Aralskoïe More mais c’est insuffisant. Kara-Kol Kirghizie, URSS 14 août 1932 » Elle s’entoure de scientifiques médecins biochimistes, chercheurs d’or… Elle filme photographie inquiète du rendu de ses travaux sur la peau noire, développe elle-même. « Retour à la civilisation, c’est-à-dire une table, de l’encre, des tramways bondés de gens jurant, et un service postal ; Tachkent (Ouzbékistan, URSS) 6 oct. 32 »… Turkestan russe… Ceylan… Djibouti… Mandchourie… Pékin et la Chine… Avec « Sining à moitié musulmane, les femmes qui ont toujours les pieds terriblement atrophiés par leurs bandages commencent à porter les voiles verts ou noirs à bavolets sous le menton sans que le visage soit couvert » (Province de Qinghai 17 mars 1935)
Les frontières vont bouger. Des colonies vont acquérir leurs indépendances. Des états seront créés. Dans des lettres publiées par Le Petit Parisien (11 octobre 1937) elle explique les conflits endémiques de cette immense région, qui font le jeu de l’impérialisme anglais, qui mise sur le statu quo. Conflit qui comme des feux mal éteints redémarre au moindre souffle, Hindous brahmanes et musulmans, montagnards et hommes des plaines, querelles de tribus armées « ne voulant absolument pas qu’on s’occupe d’elles ».
1940-1945 Karachi Madras Pondichéry, le Kerala. Elle s’intègre aux « libérés vivants », les sages dans un ashram. Retour en Suisse. Quel est son but ? Que recherche t-elle ? L’aventure la tenaille. Départ pour le Népal. On la verra en 1965 au camp de base de l’Everest... Tous les ans Ella va rejoindre son Inde. « Sri Ramana Asram. 28 février 41. Chère maman, (…) Voilà que j’ai 38 ans, une vingtaine d’années devant moi, pour trouver cette Réalité que j’ai pourchassée jusqu’ici sur terre et sur mer. Les guerres ne sont que d’horribles cauchemars qui ne résolvent rien. C’est en soi que chacun doit trouver son équilibre et son âge d’or, et non pas en attendant la mort des tyrans ou la souveraineté des peuples ».
Mille pensées et baisers de Kini. Surnom donné par sa famille.
Fleur de Lotus, le 1er juillet 2014
Ella Maillart et l’écrivain photographe militante antifasciste Annemarie Schwarzenbach décident de quitter en voiture la Suisse pour l’Afghanistan. Annemarie est une passionnée de conduite automobile. Pour elle, les nombreuses cures de désintoxication ont été des échecs. Les ravages de l’opium, de la morphine s’ajoutent aux malaises et aux souffrances, qu’elle ressent face aux agissements des nazis. Elle est belle, cheveux courts, beauté androgyne, visage fascinant, habillée en garçon… comme sa mère aimait la photographier, tout le temps. Grande amoureuse des hommes et des femmes. Malgré ses promesses, elle ne résiste pas aux pavots de Kaboul, ni à la codéine. Roger Martin du Gard la voyait en « ange inconsolable ». « Laissez-moi tranquille, laissez-moi au moins ma souffrance. Pourquoi m’avoir emmenée avec vous ? », lance t-elle à Ella Maillart. « Pourquoi ? Je ne sais pas ! Impossible de dire si c’est parce que je vous aime ou parce que je vous déteste, lorsque je vois des dons comme les vôtres pareillement gaspillés ». Thomas Mann la voyait en « ange dévasté ». Elles se séparent. Annemarie ramène seule la voiture en Suisse. En Inde, Ella reçoit ce message : « Morte paisiblement 15 novembre 1942 ». Toute la correspondance, le journal d’Annemarie Schwarzenbach, sont brûlés le jour même de sa mort, par sa mère, pour détruire les traces de « l’ange maudit ». Un ange aux ailes brûlées est mort à 34 ans. D’une simple chute de vélo. Elle était née le 23 mai 1908 dans une famille de la haute bourgeoisie, après des études d’histoire et de littérature, elle se tourne vers le journalisme. L’Orient l’envoûte, ce qui ne l’empêche pas de faire plusieurs voyages en Amérique, et d’aimer l’Europe « D’où vient l’amour pour l’Europe ? Il y a quelque chose à voir avec la lumière, la gaîté du vent, l’éclat velouté du soleil sur les collines aux pentes douces. On apercevait au loin des moulins à vent et on percevait en esprit le joyeux craquement des ailes ». Carson McCullers était folle amoureuse d’Annemarie, et lui dédiera son livre « Reflets dans un œil d’or ». Elle laisse plusieurs ouvrages, dont La Vallée heureuse, avec Ella Maillart et Nicolas Bouvier Bleu immortel, Voyage en Afghanistan, Lettres à Claude Bourdet 1931-1938.
Lignes inspirées en partie par Libération (Pascal Nivelle) du 2 août 2014.
Fleur de Lotus été 2014.

La mauvaise Histoire n’a retenu d’elle que les lettres à sa fille. Sa vie n’a été qu’écriture. Veuve à 25 ans suite à un duel, bien qu’entourée de nombreux admirateurs, elle ne se remarie pas et se consacre à l’éducation de ses deux enfants. Le mariage de sa fille puis son départ pour Grignan, sont l’amorce du lien épistolaire avec son enfant.
Plus que des missives d’une mère à sa fille, elle décrit des codes, des êtres en représentation, elle décrit la société de son époque, la Cour du roi, où plusieurs centaines de personnes s’épient, guettent un signe, intriguent. « Ce qui me plait souverainement, c’est de vivre quatre heures entières avec le roi ». Belle et bonne danseuse, elle participe au ballet royal. Lully lui fait la cadence avec sa « Petite bande », pas de loubards ou autre racaille, mais les violons du Roi. Cour d’où volontairement elle se retirera pour la Bretagne, ou à l’hôtel Carnavalet. Elle fréquente les salons, lieux où l’on apprend à maîtriser la parole, l’écrit. Sans trace d’effort, il faut trouver le mot juste, être polis, élégant dans sa gestuel, intelligent, fin d’esprit, gracieux, et bien sûr garder son naturel. Et un jour on dira de vous, « Voilà une honnête femme. » L’art de la conversation et l’art épistolaire sont surtout portés pas les femmes. Voltaire considère la Marquise comme « La première personne de son siècle pour le style épistolaire ». Proust l’encensera. « Ces messieurs les postillons sont incessamment sur les chemins pour porter et reporter nos lettres. Enfin, il n’y a jour dans la semaine qu’ils n’en portent quelqu’une à vous et à moi ; il y en a toujours toutes les heures par la campagne. Les honnêtes gens ! qu’ils sont obligeants ! et que c’est une belle invention que la poste. » (12 juillet 1671)
C’est l’époque de Bossuet, orateur de génie, (pour Valery il est le plus grand écrivain), Boileau publie « l’Art poétique ». La Marquise défend Jean de la Fontaine, Corneille Racine, La Rochefoucauld, elle cite souvent Pascal. Elle applaudit Lully et sa Petite Bande des violons du Roi. « Il y a eu un Liberia où tous les yeux étaient pleins de larmes. Je ne crois point qu’il y ait une autre musique dans le ciel ».
L’art de la conversation influence toutes les formes de littérature, y compris les correspondances. Elles sont pratiquement la seule source d’information pour l’époque et plus tard elles le seront pour les historiens. Ces lettres sont lues publiquement, critiquées. Elles doivent correspondre à un modèle. Paradoxalement, celles de madame de Sévigné rédigées pour ses proches intimes, et sans idée de publication, sont tout de suite considérées comme l’archétype du genre. N’oublions pas que le roman est encore en gestation, et que le seul moyen de communication est la correspondance. Lors de la première publication les lettres sont caviardées par la famille. Certains passages sont supprimés, et détruits par Mme de Simiance, sa petit-fille.
Quelques personnalités du plaisir de la conversation et des salons, notamment l’hôtel de Rambouillet, haut lieu où les beaux esprits inventent de nouveaux divertissements littéraires :
Marie-Madeleine Pioche de La Vergne (1643-1693), comtesse de La Fayette. C’est une férue de philosophie de grec de latin. En 1678, paraît anonymement La Princesse de Clèves. Le roman de la comtesse marque une date dans l’histoire de la narration, l’esprit chevaleresque est abandonné.
Louise-Françoise de La Baume-Le Blanc (1644-1710), duchesse de La Vallière, maîtresse du Roi qui lui fit cinq enfants. Petit à petit madame de Montespan l’évinça, et prit sa place dans le lit royal. Elle termina sa vie au carmel rue St Jacques à Paris où Mme de Sévigné lui rendit visite, « Cette petite violette qui se cachait sous l’herbe, et qui était honteuse d’être maîtresse, d’être mère, d’être duchesse ».
Mme de Sévigné raconte la formidable ascension sociale de Françoise d’Aubigné (1635-1719), orpheline, future seconde épouse de Louis XIV connue sous le nom de Mme de Maintenon. Françoise-Athénaïs de Rochechouart (1641-1707), madame de Montespan, elle, danse à Versailles avec Mme de Sévigné. Elle aura huit enfants du roi. Madame de Maintenon aura le dernier mot... Quant à Anne-Marie-Louise d’Orléans (1627-1693), duchesse de Montpensier, sa correspondance avec Mme de Sévigné est en partie détruite. C’est l’époque bénie des prédicateurs, Bourdaloue, Bossuet : « Comment peut-on aimer Dieu, quand on n’entend jamais bien parler de lui ? ».
« Je reviens de Versailles. J’ai vu ces beaux appartements ; j’en suis charmée. Si j’avais lu cela dans quelque roman, je me ferais un château en Espagne d’en voir la vérité. Je l’ai vu et maniée ; c’est un enchantement. C’est une véritable liberté ; ce n’est point une illusion comme je le pensais. Tout est grand, tout est magnifique, et la musique et la danse sont dans leur perfection. » Mme de Sévigné 9 février1683.
Notre épistolière, super douée, est née le 5 février 1626. Orpheline très jeune elle est élevée par son grand-père. Son écriture à l’allure spontanée, masque le travail de la marquise. Elle reste libre, y compris vis-à-vis de la religion. L’écrit lui sert de rempart face aux difficultés de la vie. Au bout du compte, solitaire malgré les apparats, n’a-t-elle pas vécu que par et pour l’écriture… la plupart du temps qui coule… destinée à sa fille lointaine, Mme de Grignan ?
L’ABCdaire de madame de Sévigné. Flammarion 1996.
Fleur de Lotus, le 8 mars 2014, journée de la femme… et suivantes.
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1914. Fin du bel été. Né à Rome en 1880, Guillaume de Kostrowitzki (le nom de sa mère) ne peut s’engager. Il est étranger, né d’une mère d’origine polonaise, aux mœurs douteuses dit-on, et de père inconnu, sans doute un officier italien. Elle est sévère autoritaire. Curieux, il lit. Quand il ne lit pas il écrit. Il va traduire Boccace, plus tard il publiera le divin marquis… A Nice il attend la réponse à sa demande de naturalisation. Dans un restaurant, le 27 septembre 1914, au cours d’un déjeuner, une femme de 33 ans, Geneviève-Marguerite-Marie-Louise de Pillot de Coligny-Châtillon, le fascine. C’est la future LOU. « Vous ayant dit ce matin que de je vous aimais, ma voisine d’hier soir, j’éprouve maintenant moins de gêne à vous l’écrire ; Je l’avais déjà senti dès ce déjeuner où vos grands yeux de biche m’avaient troublé que je m’en étais allé aussi tôt que possible afin d’éviter le vertige qu’ils me donnaient. » (28 septembre 1914).
Ils se revoient dans la fumée de l’opium. Le 6 décembre il rejoint le 38ème régiment d’artillerie à Nîmes. La belle le suit, devient sa maîtresse. Marie Laurencin, après 5 ans d’une relation mouvementée, rompt avec le poète… Elle se marie. Lui vit mal cette séparation. Certains y voient en partie une explication sur le contenu et la forme de son lien épistolaire avec Lou. Apollinaire, puisqu’il s’agit de lui, se veut mâle dominateur. C’est lui qui mène le jeu amoureux. Il est le maître des phantasmes (qu’il imagine) de Lou. Où s’arrête la réalité ? Ou commence l’imagination ? Il décrit « les gentilles corrections » qu’il « inflige à sa partenaire qu’il veut « soumise ». Lou, dans sa vie a un autre homme, Toutou. Peu importe puisqu’ Apollinaire autorise cette relation, à condition de la connaître dans les moindres détails, et en même temps il se sent blessé. Les deux hommes ne se connaissent pas. Le 6 février 1915 Lou rejoint Toutou à Baccarat. Dépité, il part comme canonnier à Mourmelon (avril 1915). Il n’y aura pas de coupure épistolaire. Dans ses missives, Apollinaire ne cesse de demander à Lou la taille de son doigt, pour lui offrir une bague faite à partir… d’un éclat d’obus.
« Si je mourais là-bas sur le front de l’armée,
Tu pleurerais un jour, ô Lou, ma bien aimée.
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée,
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur.
Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier :
La mer, les monts, les vals et l’étoile qui passe,
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier.
Souvenir oublié, vivant dans toutes choses,
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants ?
Tu ne vieilliras point, toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants.
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus vive clarté,
Aux fleurs plus de couleurs, plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde,
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté…
Lou, si je meurs là-bas, souvenir qu’on oublie,
Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie,
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur,
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur !
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie,
Ô mon unique amour et ma grande folie ! »
30 janvier 1915
« La nuit
S’achève
Et Gui
Poursuit
Son rêve
Où tout
est Lou
On est en guerre.
Mais Gui
N’y pense guère.
La nuit
S’étoile et la paille se dore :
Il songe à Celle qu’il adore »
Nuit du 27 avril 1915
En janvier de la même année, dans un train entre Nice et Marseille, il rencontre Madeleine Pagès. Le 10 août, il est le fiancé officiel de la dame. Leur correspondance, à eux deux, sera publiée en 1952.
Le 18 janvier 1916, Apollinaire écrie une dernière lettre à Lou, poste restante à Luneville : « Je suis content que tu sois contente. Embrasse Toutou de ma part. II fait assez beau temps. Ecris moi de tes nouvelles. Je te souhaite de belles amours et beaucoup de bonheur. Alors, on s’habitue à la guerre, moi j’ai participé aux coups de chien de la cote 194 près de la butte de Tahure. Enfin je m’en tire pr l’instant sans dégâts c’est pas mal après tout ». Il ne se reverront qu’une seule fois place de l’Opéra à Paris. Rencontre orageuse.
… Au début était un lycéen… Après des études chez les frères maristes à Cannes, Nice, il monte à Paris pour des petits boulots. Il trouve en Rhénanie un poste de précepteur ce qui l’amène à voyager en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, pays sources de son inspiration poétique. Ses premières publications datent du début du XXème siècle dans des revues littéraires (La Revue blanche), dans la revue d’Albert-Birot, SIC (Sons-Idées-Couleurs). II se lie d’amitié avec Alfred Jarry. Amoureux du Moyen-Age, passionné par l’art nouveau, il défend le cubisme le fauvisme ; Picasso, Delaunay, Derain, Vlaminck, Douanier Rousseau, Cendrars, Breton, Soupault, Reverdy, Max Jacob.
En rupture avec le passé, il n’appartient à aucune école. C’est un précurseur. Comme jeu favori, il cultive la provocation. C’est un charmeur. Le romancier André Belly (1882-1971) le qualifie de grand Baroque. Il défend tout ce que la critique bourgeoise porte au pilori. Ses écrits mélangent joyeusement, érotisme, romantisme. Il publie Sade, Mirabeau. En 1913, la publication d’Alcools révolutionne la poésie française. Il se joue de la ponctuation (Mallarmé ?), compose des « calligrammes », poèmes en forme de dessin. A travers son œuvre Apollinaire répond à une question : La tourmente insensée de la guerre peut-elle être source de littérature et de poésie?
… Et puis, le 17 mars 1916, un éclat d’obus fracasse son casque, le blesse à la tempe droite. Trépanation. Remis sur pied, il écrit et crée « Les Mamelles de Tirésias », un drame surréaliste !… Apollinaire et Albert-Birot peintre sculpteur poète typographe inventeront le mot « surréalisme ». Les princes de ce mouvement critiqueront Albert-Birot. Il sera défendu par le philosophe Gaston Bachelard.
Deux jours avant l’armistice, le poète-soldat Apollinaire a 38 ans. Affaibli, la grippe espagnole l’emporte. « Croix de guerre », il est déclaré « Mort pour la France ».
Honegger, Poulenc, Chostakovitch etc ont mis leurs musiques sur ses poèmes. Marcel Mouloudji Léo Ferré et d’autres les chantent.
Lou disparait le 7 octobre 1963. Petit à petit, les personnages de cette correspondance tombent dans l’oubli. Plus rien n’empêche la publication complète de ces lettres.
Fleur de Lotus et Volubilis octobre 2020
Enveloppe d'art postal créée par Fleur de Lotus,
envoyée le 2 novembre 2020,
à la suite de sa lecture
de Lettres à Lou,de Guillaume Apollinaire.
4 timbres-poste de la série Les Couleurs du cosmos (création Katy COUPRIE, 2020).
Cette belle enveloppe a été abîmée pendant le transport postal.
Fleur de Lotus nous offre la version avant voyage postal, et avant oblitération, en bon état...
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Bleuets...
Bleus comme les jeunes recrues de cette Grande Guerre qui a eu surtout de grand le nombre de malheurs qu'elle a causés...
Bleus comme le pantalon des poilus avant que le rouge et le noir ne le salissent...
Bleus comme la trouille...
Bleus comme le froid...
Bleus comme les peintures de Mathurin Méheut...
Bleus comme les hématômes à l'âme des survivants...
Bleus comme le ciel une fois les cendres et les fumées de la guerre évaporées...
Bleus comme un espoir de paix...
Volubilis, le 16 novembre 2014.
Timbre "Bleuet de France" dessiné par Jean-Charles de Castelbajac, Premier jour d'émission le 6 novembre 2014..
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Exposition 2014 - Musée Mathurin Méheut
Site Officiel du Musée Mathurin Méheut - Lamballe - Côtes d'Armor - Bretagne - Collections, expositions, dessins, peintures, livres illustrés, céramiques...
Exposition sur "Les postes durant la Grande Guerre", Comité pour l'Histoire de la Poste (CHP-L'Adresse Musée de la poste), Salon Philatélique d'Automne, 7 novembre 2104, Paris.
Feuillet commémoratif "11 novembre 2018", rapporté du Salon Philatélique d'Automne à l'Espace Champerret (Paris 17) le samedi 10 novembre 2018, dans le cadre des commémorations du centenaire de l'armistice de la Grande Guerre.

EXPOSITION AU PANTHÉON, PARIS
jusqu'en mars 2015
La visite de cette exposition a inspiré à Fleur de Lotus une enveloppe d'art postal. Il a repéré pour nous des documents philatéliques et pris quelques photographies.
Timbres "Diptyque Jean Jaurès 1859-1914", dessiné et gravé par Louis Boursier, Grand Prix de l'Art Philatélique 2014. Affiche, citation de Jaurès, flamme postale, Une de L'Humanité du 1er août 1914, buste de Jaurès, Panthéon. Photos Fleur de Lotus, novembre 2014.

Rassemblées par
Philippe Bernard Nathaniel Herzberg
Gallimard 1998
1964, les accords d’Evian. 35 ans plus tard, comment les journalistes peuvent-ils travailler, informer, dans le chaos algérien ? Déjà obtenir un visa ! Risquer sa peau et celles d’informateurs ? Déjouer la censure. Les égorgés se comptent par milliers. De qui, de quoi faut-il parler ? Des assassinés des assassins, ou de la vie quotidienne des Algériens qui, malgré tout, continuent leurs occupations, l’angoisse au ventre, la tête dans l’espoir. Pour essayer de coller au plus près du vécu algérien, la rédaction du Monde, décide de collecter puis de publier des lettres d’Algériens adressées à leurs amis, à leur famille, résidant en France.
Même si cette correspondance est uniquement francophone, elle témoigne de l’impact de la barbarie sur la vie personnelle d’anciens combattants de l’indépendance et de leur descendance ou simplement d’habitants de l’Algérie. Elle raconte les quartiers bouclés sans comprendre le pourquoi, les pannes d’électricité, le manque d’eau courante, de ravitaillement, de « graine », la cherté de la vie, l’envie de Paix et d’aller à la plage, l’interdiction dehors de rire fort quand on est femme, les rumeurs, l’attente, l’effort pour vivre encore dignement, la folie sanguinaire, le sentiment d’être vivant le jour et mort à la tombée du soleil. Mort de peur et puis... Une cinquantaine de lettres de 14 auteurs constituent l’ouvrage. Auquel s’ajoute une longue liste des massacres. Missives écrites comme des bouteilles jetées à la mer d’une rive à l’autre de notre mer commune.
Fatiha, 44 ans, professeur de français, novembre 1993 « Et puis il y a l’écriture (plus de lecture, car il n’y a plus rien à lire !) Alors j’écris. Cela seul peut me sauver. J’y consacre tout mon temps. Un réflexe de survie. Écrire parce que comme le disait Eluard « le tout est de tout dire » quelquefois cela m’est facile, d’autre fois il me semble que tout s’est tari. J’hésite à vous envoyer cette lettre. Et si je le fais, c’est que le besoin d’être entendue aura été le plus fort, plus fort que cette petite voix qui me dit : à quoi bon ». Octobre 1997 : « Le plus difficile c’est de résister à la haine, à la tentation de la haine porteuse de mort ; j’ai peur de me déshumaniser. Difficile de résister à la colère quand j’entends autour de moi (à la télévision et dans les journaux) des gens se demander encore, qui tue ? Nous savons, nous ici, qui tue et nous n’avons pas l’indécence de poser la question aux survivants».
… 1993 les écrivains Tahar Djaout, Youssef Sebti, le sociologue M’hammed Boukhobza le journaliste Raibah Zenat sont tués ainsi que de très nombreux étrangers et cætera.
Toufik, 14 ans, 25 avril 1994, son oncle vient d’être assassiné « Frère, Les seules sensations que j’ai, c’est la peur et la tristesse. La peur du futur et la tristesse du présent. Samedi soir, Malik n’avait plus de père. C’est un mec qui passe son bac sans son père. C’est un mec qui dira à ses enfants, à ses amis ; j’ai perdu mon père à 18 ans ; il répondra aux questions suivantes : Qu’est-ce qu’il fait ton père dans la vie, Comment est ton père, Ton père te laissera venir, tu crois ? puis la réponse qui tue : mon père est mort. Et les filles sans père c’est fou, c’est dingue, Amel comprend mieux c’est l’aîné, et crois-moi, quand on comprend, c’est plus difficile. Rachid vivement la paix ».
… 1994 plusieurs étrangers Français Vietnamien Russe Tunisien Italien Ukrainien assassinés par balle ou à l’arme blanche. Le 6 août le Groupe Islamique Armé interdit tout enseignement. 24 décembre un commando s’empare d’un Airbus d’Air France.
Mourad, 60 ans, ancien combattant du FLN, 16 septembre 1997 « Toutes les deux ou trois nuits il y a une alerte… les mères de famille se sont regroupées et ont pris la décision que, si jamais les organisateurs arrivaient, chacune poignarderait la fille de l’autre et ne laisserait pas les égorgeurs les prendre pour les violer et les égorger à la fin. Aux pouvoirs publics de faire le nettoyage. C’est parce que nous nous sommes sentis abandonnés par l’Etat, ou le pouvoir, ou les autorités, que nous avons décidé de mourir debout, de mourir en nous défendant même avec des manches à balai comme armes ; Et l’Histoire jugera. On n’est plus seul : on est TOUS. »
Kader, ouvrier 4 septembre 1997 « Cher frère, Ici la situation ne s’arrange pas Je ne t’ai jamais demandé de l’argent mais cette fois-ci, si tu le peux, envoie-nous quelque chose.(…) Ton olivier se porte bien. À chaque fois que nous le regardons nous pensons au jour où tu l’as planté. Je le soigne comme si c’était toi en face de moi. Un jour viendra où je verrai mes nièces et mon neveu courir dans le jardin et monter sur ton olivier ».
…1997 plus de 800 morts égorgés et mutilés. Début du ramadan le 30 décembre : 400 victimes dans l’Ouest algérien.
Le hasard du rangement des livres, un œil qui glisse sur le rayonnage d’en dessous, où le rayon de soleil taquine la tranche d’un ouvrage, et vous voilà pris avec un autre livre dans les doigts. Même si il ne s’agit plus de correspondance, restons en Algérie à la fin des années 60 et début 70. Un bâtard né en 1927. Jean Sénac. Aux oreilles, ça claque bien de chez nous. Ça sent bon le mâle franchouillard viril de nos provinces. Sauf qu’il est né d’une mère espagnole d’Alger et d’un père de passage aussitôt disparu. Profondément chrétien il voulait être prêtre, mais sa condition de bâtard lui interdit la prêtrise.
Vouloir être Arabe et s’exprimer en français comment fait-on ? Poète, militant indépendantiste, soutenant le FLN, les clandestins, les porteurs de valise, animateur de radio. Il écrit l’amour, le droit à l’amour, sans haine, sans violence, l’amour de la jeunesse dans l’espoir et la tendresse. Très vite, ceux pour qui ils se battaient hier le considèrent comme un ennemi. Il est persécuté par le pouvoir algérien (Boumedienne). La nationalité algérienne lui est refusée. Censuré, interdit de publication, emprisonné. Ses rares amis de France l’implorent de revenir. Il sait qu’il sera tué. Un destin à la Wilde, Gide, Genet. À la Lorca, Pasolini qui furent assassinés.
Fin août 1973, 13 coups de couteaux auront raison de lui. Meurtre jamais élucidé. Avant sa mort, il était déjà un grand poète. En France, les éditeurs les journalistes les intellectuels –tous de gauche bien sûr- pratiquent l’omerta totale sur l’homme et son œuvre, comme d’ailleurs ils se taisent pour Violette Leduc et Nicolas Genka. Seul l’éditeur François Maspero, affichera dans sa librairie au quartier latin, le texte d’un mini-comité de soutien au militant politique et au « poète maudit ». En plus de son engagement politique, ce qui et en jeu le prétexte, ce sont ses mœurs. La courbe des hanches le bassin de jeunes hommes qu’il décrit comme une lyre. « Ô toi qui ris quand je te dis que tu es beau ! Poulain des sables francs, tu mords et tu rutiles, Ton corps est un long golfe où ma raison s’exile » « Nous sommes debout pour témoigner pour gratter la plaie jusqu’à l’avènement des hommes bons et justes quand ils reviendront nous saurons qu’il faut commencer le bonheur Avec des armes nouvelles Nous serons plus fort que leur avidité nous partageons le bien entre tous ». « À l’orée de ta lyre une cicatrice me parle de conquêtes… Le cerne de tes yeux et le bleu de l’épaule C’est toute une nuit pour mon Voyage Je serre dans mon poing un galet. Leurs injures ont brisé les oursins. Toute la mer s’écoule Comme si j’étais ouvert en deux ». Informations glanées grappillées, dans La Plume et le bâillon de Françoise d’Eaubonne. L’Esprit Frappeur, 2000.
Éditions de l’Instant 1988. Livre plusieurs fois réédité.
Version datée « Savigny-sur-Orge, 1959-Paris, 1988 ».
C’est un ancien de la guerre d’Algérie. Né en 1935 décédé en 2000. Militant communiste. Ecrivain. Pédagogue. Professeur d’arts martiaux et en Sciences de l’éducation à la faculté de Vincennes.
La première version du livre en 1961 est saisie, à laquelle s’ajoutera un procès pour injures à l’armée. Une nouvelle publication en 1988. « Zone interdite » désigne un territoire interdit aux populations civiles. L’auteur nous livre en petites correspondances, comme un journal intime, les exactions commises par l’armée française en Algérie. Pas d’effet de plume, l’emploi de mots froids et précis décrivent l’horreur au quotidien.
Les oreilles en collier. L’interprète qui vient vite pour l’interrogatoire et le médecin trop tard. Les branlettes pendant les gardes, pour se rassurer ? « Le séminariste récite ses prières. Il s’est porté volontaire pour devenir maître-chien. Tout plutôt que de devoir tirer sur un être humain, Dieu merci il n’avait pas encore tué. Son chien le fait à sa place » Les corps déchiquetés brûlés dans les barbelés électrifiés. Les vannes sur la longueur des verges des cadavres, les odeurs. La quête, l’attente d’un soupçon d’amour dans la queue des BMC, au suivant, après une désinfection rapide de l’appareil des appelés… Les sévices sur les prostituées. Les mutilations. Les émasculations dans chaque camp. « Nous allons y aller, mes enfants, mais seulement à la baïonnette et au poignard. Ainsi les fells qui ont des couilles au cul pourront défendre leurs vie d’homme à homme. Le Clairon sonne la charge ». Les lettres que certains n’ouvrent pas, plus, et qui meurent sans avoir lu les dernières lignes d’amour. Les viols. Les beuveries. La porte de l’hélicoptère qui s’ouvre et, le PIM, Prisonnier d’Intérêt Militaire, qui redevient un fell blessé… « Les corvées de bois »… « qui donnent droit à une journée de repos ! ». Les décorations des tentes et des crèches pour Noël. La quille bordel. « Il en bave. Il nomadise. Il s’endurcit. Il n’en apprécie pas moins sur le plan esthétique la sauvagerie des sites, la fulgurance des couleurs, le bonheur de respirer quand l’eau est encore fraîche, parfois il aimerait arrêter la course du soleil. Un soir il y parvient presque. Le gibier détale. Le Prof –sympathisant communiste- a dans sa ligne de mire une silhouette en bleu de chauffe, gracieuse, rapide, aérienne, le soleil la découpe, la silhouette rebondit, le soleil va disparaître derrière le piton, le Prof appuie sur la détente. – Présentez, armes ! Le capitaine lui remet la croix de la valeur militaire, accolade, le Prof se mord la lèvre au sang, désespéré, c’était un gosse, sans arme, il ne voulait pas le tuer, il voulait seulement arrêter la course du soleil ».
Fleur de Lotus, septembre 2015

Edition établie par Marie-Neige Coche et Vincent Duclert,
Gallimard Folio histoire, octobre 2019
Cet ouvrage est publié avec le soutien de la Fondation d’entreprise La Poste.
Marie-Neige Coche (Sciences Po Paris) est enseignante. Après une formation au théâtre populaire (Robin Renucci), elle se consacre à la transmission de l’histoire par l’activité théâtrale dans les lycées.
Vincent Duclert est professeur d’histoire contemporaine à Sciences Po et chercheur au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron (EHESS-CNRS).
1892 : Manifestations antisémites dénonçant la présence d’officiers juifs dans l’armée, et surtout dans l’Etat-major. Le hasard… Dreyfus obtient une mauvaise note à l’Ecole de guerre. Le ministre de la Guerre proteste contre les provocations antisémites. Le lundi 15 octobre 1894, le brillant officier fortuné, juif Alfred Dreyfus est arrêté, mis au secret à la prison du Cherche-Midi. Lucie Dreyfus attendra huit semaines pour recevoir une lettre de son mari. Il est reconnu coupable de haute trahison, condamné à la déportation à vie, dégradé en place publique. Elle le revoit les 14, 15 et 21 février1895 au bagne de l’île de Ré, avant le départ pour l’île du Diable. Comme la loi sur la déportation l’autorise, elle veut rejoindre son mari aux îles du Salut… Cela lui sera refusé…
Ils se retrouveront dans une cellule de la prison de Rennes le 2 juillet 1899, ville où se déroule le Conseil de guerre qui juge à nouveau Dreyfus. Il rend un jugement ambigu, reconnaissant Dreyfus coupable avec circonstances atténuantes… La Cour de cassation s’empare du dossier en 1906 : le capitaine Dreyfus est réhabilité. Le 12 juillet 1935, le lieutenant-colonel, polytechnicien, officier dans l’ordre de la Légion d’honneur, Alfred Dreyfus meurt. Lucie le rejoint le 14 décembre 1945. La même année Maurras est condamné pour intelligence avec l’ennemi, il éructe « C’est la revanche de Dreyfus ».
Cette correspondance est d’abord lue par un fonctionnaire de l’administration pénitentiaire puis du ministère des Colonies, dont dépend le bagne de l’île du Diable. Aucune information sur la procédure judiciaire ne doit y être mentionnée. Pour masquer les marques de la censure les lettres sont recopiées (certaines deviennent difficilement compréhensibles). On ne peut pas reconnaitre la graphie de l’être aimé : et si la forme des lettres d’Alfred et Lucie cachaient des messages secrets… !
Leurs échanges épistolaires sont de l’ordre de l’intime, de l’amour, du courage, de la résistance. Cet ensemble d’écrits que les deux époux, dans une tourmente effroyable, ont construit jour après jour, ligne après ligne, est comme une chaine de vie qui les maintient la tête haute, hors du déshonneur, vers la réhabilitation. Il n’est pas un juif, mais simplement et totalement un citoyen français fier de la France et de la République. La vague antisémite va déferler de nombreuses années. Il est le coupable idéal de ce complot « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race » proclame un général. En attaquant l’homme c’est aussi la République qui est visée, la démocratie !
A-t-on rendu totalement Justice à Alfred Dreyfus ? Vincent Duclert fait remarquer que pour beaucoup, le héros de cette tragédie est le lieutenant-colonel Picquart, et que le capitaine Dreyfus reste enfermé dans le statut de victime. Marie-Georges Picquart est un brillant jeune militaire à la personnalité ambigüe. Pour certains historiens il aurait été opportuniste et antisémite. Persuadé que l’erreur judiciaire allait être découverte, il révèle la machination du commandant Esterhazy à l’origine de l’affaire, non pas pour défendre Dreyfus, mais pour protéger l’image de l’armée.
L’importance de Lucie Hadamard, l’épouse de Dreyfus a longtemps été minorée, sans doute par les hommes ! Les féministes françaises vont la soutenir et en faire un symbole. Elle reste néanmoins « la femme de », même si elle ne se bat pas uniquement pour sauver son mari, mais parce que son combat correspond à l’idée qu’elle se fait de l’Humanité, de la Justice. Lucie et Alfred partagent les mêmes valeurs. Toujours digne, elle s’habille en noir jusqu’à la réhabilitation de son époux.
Dans le chapitre III, Marie-Neige Coche, nous renseigne sur les liens entre littérature, théâtre et Affaire Dreyfus (Proust, Anatole France Zola, Kafka, Romain Rolland etc). En mars 1931, l’Action française, les Camelots du roi, perturbent les représentations au théâtre de l’Ambigu à Paris d’une pièce de Wilhem Herzog, aux cris de « A mort les Juifs ». Le spectacle est retiré, Maurras s’en réjouit. Jean-Claude Grumberg en 1974, à l’Odéon, présente « Dreyfus » : une troupe de comédiens juifs s’interrogent (parfois en yiddish) sur la façon d’incarner Dreyfus. Les personnages d’Alfred et de Lucie ne sont pas présents dans le spectacle. Grumberg alterne le tragique et le burlesque. D’autres exemples cités par l’auteure confirment qu’Alfred et Lucie Dreyfus sont rarement les personnages centraux de ces pièces.
Revenons aux maux des lettres. Mardi 4 décembre 1894 « Je ne peux pas te décrire tout ce que j’ai souffert, il n’y a pas au monde de termes assez saisissants pour cela. Te rappelles-tu quand je te disais combien nous étions heureux ? Tout nous souriait dans la vie. Puis tout à coup un coup de foudre épouvantable, dont mon cerveau est encore ébranlé. Moi, accusé du crime le plus monstrueux qu’un soldat puisse commettre ! Encore aujourd’hui je me crois le jouet d’un cauchemar épouvantable. Mais j’espère en Dieu et en la justice, la vérité finira bien par se faire un jour. Ma conscience est calme et tranquille, elle ne me reproche rien. J’ai toujours fait mon devoir, jamais je n’ai fléchi la tête. J’ai été accablé, atterré dans ma prison sombre, en tête à tête avec mon cerveau j’ai eu des moments de folie farouche, j’ai même divagué, mais ma conscience veillait. Elle me disait : Haut la tête et regarde le monde en face! Fort de ta conscience, marche droit et relève toi! C’est une épreuve épouvantable, mais il faut la subir. Je t’embrasse mille fois comme je t’aime, comme je t’adore, ma Lucie chérie. Mille baisers aux enfants. je n’ose pas t’en parler plus longuement, les pleurs me viennent aux yeux en pensant à eux. » Pendant tout ce temps maudit leurs enfants Pierre et Jeanne ont crû leur père militaire en voyage. 24 février1895 « Mon bon Fred chéri, Jour et nuit je pense à toi, j’ai des angoisses énormes en te sentant t’éloigner, naviguer sur une mer peut-être déchaînée. Pauvre, pauvre chéri, par quelle fatalité épouvantable nous trouvons-nous ainsi cruellement éprouvés. Tes souffrances tes tortures, je les partage ; je donnerai ma vie pour te soulager. Avoir possédé pendant plusieurs années un bonheur parfait, s’être astreint toute sa vie à remplir son devoir ; puis être tout d’un coup privé de tout, arrêté subitement dans sa carrière par des soupçons infâmes, être obligé d’expier la faute d’un autre… Non, cela dépasse la limite des forces humaines. il faut ton héroïsme pauvre Fred, pour supporter avec une telle vaillance cette injustice odieuse ; c’est un horrible calvaire que tu franchis, tu arrives à la plus douloureuse étape, l’exil d’un pays aimé ; mais le jour viendra où la France bénira son humble martyr et sera fière de posséder pour ses enfants une âme aussi belle, une conscience aussi pure ».
Fleur de Lotus le 1er mai 2020


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