Actualités expos et publications (n°2)

Robert Laffont/France Culture octobre 2014
Article de Fleur de Lotus, juin 2015
Née en 1963, Cécile Guilbert, diplômée de Sciences-Po Paris est essayiste, romancière. Elle a publié sur Saint-Simon, Guy Debord, Andy Wharol.
Les 34 lettres présentées dans le livre « La Boite à lettres » font partie des collections du Musée des Lettres et Manuscrits. La première correspondance est signée de Cécile Guilbert elle-même. Elle s’adresse à un « Cher lecteur », et remet à sa juste place l’acte d’écrire une lettre, un mot, un billet qui est bien autre chose qu’une chenille de lettres qui se succèdent, dans un certain ordre, et de mots mis bout à bout. Le choix du papier, la couleur de l’encre, la plume le stylo ou la pointe Bic ne sont pas neutres. L’enveloppe peut délivrer à son ouverture l’odeur de la vieille maison où elle a séjourné. Le papier à lettres peut apporter avec les nouvelles une odeur d’après-rasage, quelques notes du parfum d’une dame, parfois une tache de vin rouge, ou d’autres boissons comme sur le courrier de Barbey d’Aurevilly « … Pardon de ces taches qui ne sont pas des toupies mais un peu de rhum mélangé de café. Taches honnêtes » écrit-il le 25 juillet 1874. La lettre-réponse prend son temps. Elle sait se faire désirer, à l’inverse des messageries électroniques, où il est d’usage, de bon ton, de répondre tout de suite, souvent sans mot de politesse. Et que dire de l’invasion des microbes émoticones !
Chaque lettre proposée est précédée d’une présentation qui la remet dans son contexte historique, et dans la biographie de son auteur. Toutes sont accompagnées de photographies (portraits peints ou clichés argentiques) du signataire. Le manuscrit original de toutes les missives est reproduit.
« Puissent (ces lettres) t’intéresser, t’amuser, te distraire, t’enseigner t’étonner, mais surtout t’inspirer. Que ce soit sur un papier ou sur un écran. Car comme l’écrivait Musset (…), après tout, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, non ? ». Femmes et hommes de plume ou de lettres partageront l’avis du poète.
Parmi ces écrivains ces artistes, ces hommes politiques, qui choisir entre 1689 la marquise de Sévigné et 1958 Françoise Giroud ? Voltaire, le divin marquis, Robespierre, Charlotte Corday, Balzac, Guy de Maupassant, Paul Signac, Louise Michel, Fernand Léger, Romain Gary, Jean Moulin, Edith Piaf, Albert Camus… ? Tous nous offrent dans leur liberté une part d’intimité, et des pièces du puzzle de l’Histoire de notre pays.

à Marie-Madeleine Jodin,
21 novembre1769
28 ans les séparent. Convertie jeune au catholicisme, séparée de ses parents, elle est mise au couvent… Avec sa mère elles se prostituent... sont enfermées à la Salpêtrière. Diderot les en fait sortir et devient un « tuteur » pour la jeune femme. « Mademoiselle, je ne saurais souffrir les gens à ton mielleux et à procédés perfides. Si vous eussiez donné un peu plus d’attention à la lettre que votre oncle vous a écrite, vous y eussiez reconnu le tour platement ironique, qui blesse plus encore que l’injure. (…) L’ordre que vous commencez à mettre dans vos affaires, et le coup d’œil, le premier peut-être que vous ayez jeté de votre vie sur l’avenir, me donne, meilleure opinion de votre tête ; soyez sage, et vous serez heureuse ». L’encyclopédiste se fait moraliste.

à madame Trouillard,
20 juin 1822
« Si je pouvais décrire convenablement toutes les grâces d’un beau corps mollement étendu sur un lit tout de duvet, et qu’une tunique fine et légère enveloppe sans en cacher les contours ; si je pouvais vous dire aussi tout le charme de deux bras paresseux qui essayent à soutenir une belle tête que le sommeil engourdit et dont les cheveux d’ébène relèvent si bien la blancheur. J’ai vu plus que tout cela, aurai-je tort de l’avouer ? » L’auteur de ces lignes est plus connu pour Le Radeau de la Méduse, et pour ses chevaux. C’est d’ailleurs en tombant de cet animal qu’il se tua à trente-deux ans. Avant il avait eu une liaison et un fils avec la femme de son oncle. Le pot aux roses découvert, l’enfant fut banni, et placé chez des parents nourriciers. La mère fut enfermée et termina sa vie dans le silence. Puis, il rencontra madame Trouillard.

à Sophie Duvaucel,
28 avril1831
Il s’ennuie dans ses postes diplomatiques romains, alors Stendhal écrit des lettres, aussi Le Rouge et le Noir. Peu de temps après sa parution, il répond à la belle-fille de Georges Cuvier. Ce message le décrit. Il dépeint surtout le caractère, le comportement de Julien Sorel. Qu’il n’aime pas. « Je méprise sincèrement, et sans haine, la plupart des gens que vous estimez (…) Je vous assure que personne n’a fait grande fortune sans être Julien. La forme de notre civilisation exclut les grands mouvements, tout ce qui ressemble à la passion. De là le rôle pitoyable des femmes. La société actuelle ne les emploie que comme intrigantes. Il faut pour avancer être doux, humble, faire vingt visites en bas de soie par semaine. Je méprise les charges. Julien n’est pas si futé qu’il vous paraît. Le jeune homme de dix-huit ans est niais. Il songe toujours au modèle à imiter (…) Votre lettre est infiniment plus sincère qu’aucune que vous m’ayez écrite. Elle ne blâme pas assez le roman en question. Rien ne m’ennuie comme le compliment. »

à Lou, 21 avril 1915
Août 1914. La comtesse Louise de Coligny-Chatillon, jeune divorcée frivole, succombe aux charmes du poète, ou l’inverse ? Elle devient Lou. Un autre amant est toujours dans sa vie. Le militaire le sait. Lui a rencontré une autre femme, Madeleine. Ils se séparent en mars 1915. Au tout début du mois d’avril, dans les tranchées sept lettres de Lou lui parviennent. Sa flamme pour Lou est ranimée. En août il se fiance avec Madeleine et en mai 1918 il épouse Louise Kolb. Ce précurseur du surréalisme meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918. À trente-huit ans. « Tu es ma muse. Je t’embrasse partout à l’instar de la tour Eiffel ! Mon âme tremble et s’étonne.(…) je te prends… comme tu le veux et je t’aime tout plein, raide comme un 75 mon amour ; c’est une situation adorablement épouvantable (…) Pas d’obus depuis trois jours. le 75 aurait bien épousé Menotte mais ai résisté quoi que bien envie (…) T’ai-je dit la nudité des tranchées ? C’est extraordinaire. La nudité est toujours peu excitante et c’et un de tes charmes les plus exquis que même à poil tu restes excitante. (…) J’étais glacé de voir ce gosse (dans la tranchée) si gentil et si simple avec son pied qui pourrissait. Pauvre gosse. Mon Lou très chéri je te prends dans mes bras et je t’embrasse longtemps, longtemps. Ta langue dure comme un poisson de mer parcourt ma bouche et m’affole. Tes yeux chavirent. Puis ma chérie, je te console et je te courbe et vergette l’adorable cul de mon petit garçon pas sage Tu le hausses et l’abaisse ma Lou exquise en t’écartant comme un bel ange qui respire au paradis. Ton Gui.
"Ceci continue de pas être des pommes, ou la trahison des images", enveloppe à croquer de Fleur de Lotus, qui a déjà goûté à la pomme (novembre 2016). Rêvassez avec Isaac Newton, et partez à la recherche de Guillaume Tell et de son fils...

à Joë Bousquet,
3 août 1946
À 21 ans, le poète Joë Bousquet a la moelle épinière sectionnée pendant la première guerre. Paralysé, il reçoit ses amis autour de son lit, Ernst Klee… Leurs toiles ornent sa chambre. Cette lettre de Magritte, qui avait été attiré par le cubisme et le dadaïsme, marque la rupture définitive avec André Breton. Le peintre belge se rapproche des techniques de peinture des impressionnistes.« Vous savez la peinture « surréaliste » telle que la pratiquent d’innombrables « artistes » est devenue insupportable on y voit beaucoup de mains coupées, le sang coule à flots, tous ces artistes me donnent l’impression d’être aveugles et de vivre dans un musée « surréaliste » poussiéreux où un bouquet de fleurs véritable ferait scandale. Je déteste mon passé et celui des autres. J’aime le rire des jeunes enfants en liberté. Il n’y a pas de progrès. Il y a des choses bonnes ou mauvaises qui se remplacent, se succèdent, se transforment. Il n’y a rien à apprendre. Il y a des choses qu’il faut connaître pour les employer »
Fleur de Lotus, juin 2015
Entre la ville nouvelle de Saint-Quentin-en Yvelines et le hip-hop, c’est une vieille histoire ! Musique. Danse. Nouvelles glisses.Tag. Langages. Graff. Écritures. Casquettes. Chaussures.Vêtements, etc. Sommes nous dans une contre-culture urbaine ? Ou simplement dans une nouvelle culture de l’appropriation de l’espace urbain ?
Le musée de la ville fait le point et retrace 30 ans d’évolution de ce mouvement. Ghetto blasters, skate, street art, bombes de peinture… sont là. Les entretiens filmés avec des rappeurs, skateurs, graffeurs, danseurs, viennent donner vie aux objets exposés.
Quai François Truffaut, 78170 Montigny-le-Bretonneux. Du 12 février au 28 juin 2014. Ouverture du mercredi au samedi de 14h à 18h.
Fleur de Lotus le 22 février 2014
Exposition "Street Art", Musée de St-Quentin-en-Yvelines, photos Fleur de Lotus, février 2014.

Exposition à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine,
Paris, Trocadéro
jusqu'au 21 septembre 2015
Accompagner des moulages de monuments français, ou des maquettes de bâtiments marquants de l'architecture française depuis 1850, par des timbres poste les représentant, voilà l'idée originale née de la rencontre entre la Cité de l'Architecture et du Patrimoine et L'Adresse-le Musée de la Poste.
Suivez ce parcours à travers la France et à travers les époques, pour une visite à deux échelles, de l'infiniment petit du timbre à l'infiniment grand des statues et gargouilles ramenées à notre hauteur. Vous découvrirez avec quel réalisme une même œuvre peut être représentée par l'art du moulage ou l'art de la maquette architecturale, et l'art du timbre gravé. Le visiteur retrouve la même acuité du regard et la même habileté manuelle.
A la loupe, il peut admirer le travail d'orfèvre du graveur de timbre qui doit saisir le geste du sculpteur ou du bâtisseur pour lui rendre hommage fidèlement, même s'il ne peut faire figurer sur l'espace du timbre chaque détail. Le choix des traits bluffe le visiteur, comme dans la représentation de la Mise au tombeau (Eglise St-Etienne de Saint-Mihiel, Meuse).
Pour représenter cette vue générale du sépulcre réalisé par Ligier Richier au XVIème siècle, les artistes postaux ont dû faire des choix : Huguette Sainson en a fait le dessin et Pierre Albuisson l'a gravée en taille-douce, en 1988, en retirant certains détails. Pourtant le regard du visiteur n'est en rien perturbé par ce gommage. Il retrouve l'expression recherchée par le sculpteur.
Au terme de ce voyage jalonné d'une cinquantaine de timbres poste, n'hésitez pas à mettre un mot sur la carte postale fournie avec le livret-guide : une boîte aux lettres au beau milieu du hall n'attend que d'avaler vos missives. Le facteur en prendra soin pour les faire parvenir à votre destinataire.
Volubilise, 23 mai 2015.
Photos :
Timbre et flamme philatélique "Pavillon Baltard"
Timbre "Chartreuse de Champmol", Dijon.
Timbre Victor Baltard, dessiné et gravé par Claude JUMELET, 2005. Flamme Pavillon Baltard, Nogent-sur-Marne. Puits de Moïse de la Chartreuse de Champmol, Dijon.

Mai 1991 : Arnaud Schneider, formateur à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, des élèves éducateurs et moi, sommes en Lozère. Nous filmons, dans son berceau, les pères de la psychothérapie institutionnelle. Vingt-trois plus tard, au sortir de l’exposition « Vincent Van Gogh/Antonin Artaud - Le suicidé de la société », présentée au musée d’Orsay jusqu’au 6 juillet 2014, des phrases du psychiatre Lucien Bonnafé explosent à la surface : « Le comportement d’une société envers ses déviants est un des meilleurs témoignages de son degré de civilisation. Parler de psychiatrie, c’est parler de liberté. »
Sur les murs du musée, sont accrochés, des autoportraits, les paysages, des intérieurs, des scènes de vie, la nuit, les soleils ivres d’or fondu, des reflets de lumière de la ville mêlées aux étoiles, le vent dans les feuillages, l’orage, des couleurs des courbes des touches, des « convulsions », des « fièvres ». Toutes les œuvres présentées, sont comme reliées, par des citations d’Antonin Artaud, peintes, entre les toiles.
Artaud est poète dessinateur depuis 1919 et adepte très jeune du laudanum, cinéaste acteur écrivain, metteur en scène de la vie, des corps. Il a connu l’asile l’insuline les électrochocs. « Le suicidé » paraît en 1947. Quelques temps auparavant, il a visité l’exposition Van Gogh au musée de l’Orangerie. Il prend sa plume chauffée à blanc, et dans un style incandescent dénonce la psychiatrie, les Gachet, les Ferdière, un certain L… (Lacan). Van Gogh, comme Baudelaire Lautréamont Nerval Poe, ne sont pas fous, martèle Artaud. Ce sont des insurgés que la société ne tolère pas. Flamboyant, il crie avec ses mots ses essais d’écriture-dessins, il hurle sa révolte, surtout son inébranlable volonté de vivre. Parler de la « folie », des uns des autres, c’est d’abord parler de la sienne. « C’est ainsi qu’une société tarée a inventé la psychiatrie pour se défendre des investigations de certaines lucidité supérieures dont les facultés de divination gênaient. Un aliéné est aussi un homme que la société n’a pas voulu entendre et qu’elle a voulu empêcher d’émettre d’insupportables vérités. ». À St-Alban, le psychiatre François Tosquelles, très « Dalissisme » avait répondu, l’œil malicieux et pétillant, à un élève éducateur « Heureusement que tu es fou, cela te permet de dire à la belle dame assise prés de toi : Je suis fou d’amour pour vous !». Fou d’amour pour l’autre, pour la vie. « Je suis comme le pauvre Van Gogh je ne pense plus, mais je dirige chaque jour de plus près de formidables ébullitions internes ».
1948, à 51 ans, Artaud meurt, d’un cancer du rectum et sans doute d’un surdosage de médicament, au pied de son lit d’hôpital. Il a 51 ans. On le retrouve au petit matin. Vincent, en 1890, visant son coeur se tire une balle dans le ventre, à 37 ans.
"Ce cimetière archipel de mémoire Vit de vents fous et d’esprits en ruine Trois cents tombeaux réglés de terre nue Pour trois cents morts masqués de terre Des croix sans nom corps du mystère La terre éteinte et l’homme disparu Les inconnus sont sortis de prison Coiffés d’absence et déchaussés N’ayant plus rien à espérer Les inconnus sont morts dans la prison Leur cimetière est un lieu sans raison."
Ce poème, le cimetière des fous (1943), est-il de Paul Eluard ou d’Eugène Grindel ? Qui est l’un qui est l’autre ? Sont-ils un sont-ils deux ? Qui est le double ? Qui permet à l’autre de vivre ? Vous pouvez les regarder, ces vers. Ils sont écrits en couleurs, ils sont gravés sur une stèle dans le cimetière de l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban-sur-Limagnole.
Fermez les yeux. Olympia 1961. Elle est là, fragile, sous la lumière jaune tournesol d’une poursuite, dans sa robe, les mains tordues pâles reposant sur le tissu noir des ailes de corbeaux. « J’entends les ailes de corbeaux frapper des coups de cymbale forte au-dessus d’une terre dont il semble que Van Gogh ne pourra plus contenir le flot. Puis la mort deux jours plus tard ».(Artaud). Écoutez Edith Piaf : « Mais puisque je vous dis Que j' suis pas folle ! Vous m’entendez J'suis pas folle! J'suis pas folle! J'suis pas folle! Et à chaque fois Il y a les blouses blanches Encore et toujours Les blouses blanches Elles lui disent Non vous n'êtes pas folle Pas folle, pas folle Les blouses blanches Elle aussi elle en a eu Une blouse blanche Non c'était une robe Petite robe blanche Une petite robe blanche Avec des fleurs Il y avait du soleil Tout autour des fleurs Et dans sa main à elle Il y avait une main Une belle main Avec des doigts qui chantaient Qui chantaient Qui chantaient Encore les blouses blanches Ca fera bientôt huit année Huit années qu'elle est internée Oui internée avec les fous ». (Paroles et musique Marguerite Monnot, Michel Rivgauche)
Tout se termine par des chansons, comme aurait pu filmer monsieur Alain Resnais. Ou continue.
« POST-SCRIPTUM »
Vincent a écrit plus de 650 lettres à son frère Théo, du 20 juillet 1873 au 29 juillet 1890. Théodore a quatre ans de moins que Vincent. Au départ, ce dernier est pasteur évangéliste, sans aucun talent d’orateur, un premier échec. Il décide, après des années d’errance, aidé financièrement par son frère, qu’il sera peintre. Très vite ce ne sont plus des lettres, mais une autobiographie épistolaire du peintre hollandais. Un manuel théorique, de ce que l’art de peindre devrait être. A remettre avant pinceaux et brosses, à tous les étudiants des écoles d’art. Il fait preuve d’une froide lucidité « L’université coûte trop cher (…) dans le chemin où je suis, je dois continuer, si je ne fais plus rien, si je ne cherche plus, alors, je suis perdu. Alors malheur à moi. Continuer continuer » Juillet 1880. « Le modèle ne devait pas venir aujourd’hui, mais la pauvre femme s’amena et je protestai, oui mais je ne viens pas pour poser, je viens simplement voir si vous avez mangé ; elle m’apportait une portion d’haricots verts et de pomme de terre ; il y a tout de même dans la vie des choses qui valent la peine » Septembre 1881.
Au fil des pages et des années, toujours aidé par Théo qui lui paye les tubes, les toiles, lui envoie des billets, Vincent nous parle de ses déceptions amoureuses, de ses virées au bordel par manque d’amour. Il nous raconte, comme au cinéma, d’exquises esquisses, des études, des croquis, des descriptions minutieuses des plans, avec les personnages. Comment peindre le vent, la chaleur le soleil les blés mûrs, la nature « nue et pure » (Artaud) ? Ces mots ruissellent de couleurs. « La nuance de la flamme des couleurs du ciel, d’abord une brume lilas, dans laquelle le soleil rouge est à moitié couvert d’un nuage violet sombre avec un mince petit bord de rouge éclatant ; prés du soleil, des reflets de vermillon, mais au-dessus une bande jaune qui devient rouge et bleuâtre plus haut, et puis de-ci de-là des nuages lilas et gris qui prennent des reflets du soleil ». Avril 1882 Qu’est-ce que dessiner « Semer » qu’est ce que peindre « Récolter ». Pourquoi utiliser le blanc d’œuf ? Comment construire le fond ? Vincent possède une maîtrise totale des lois, du calcul des couleurs et de l’utilisation des pigments. Il parle de Courbet Delacroix Ingres Manet Monet Pissarro Renoir Signac Seurat. Gauguin Monticelli. Balzac les Goncourt Maupassant Zola. Théo envoie de l’argent. Vincent remercie et en même temps il en est blessé. L’alcool coule et charrie la vie maudite, « les mots mal dits » (Artaud). Il parie sur la génération suivante pour être reconnu. Vincent ne peut survivre sans son double, Théo. « Pour malade je t’ai déjà dit que je ne pensais pas l’être mais je le serais devenu si mes dépenses avaient dû continuer. Puisque j’étais dans une atroce inquiétude de te faire faire un effort au-dessus de tes forces » Octobre 1888. « Je t’écris en pleine possession de ma présence d’esprit et non pas comme un fou, mais en frère que tu connais. Voici la vérité. Un certain nombre de gens d’ici (Arles) ont adressé au maire une adresse me désignant comme un homme pas digne de vivre en liberté (…) Je te cache pas que j’aurai préféré crever ». Mars 1989. « Mon cher frère, je t’ai dit et je te le redis encore que je considérai toujours que tu es autre chose qu’un simple marchand de Corot, que par mon intermédiaire tu as ta part à la production même de certaines toiles, qui même dans la débâcle gardent leur calme. Mon travail à moi, j’y risque ma vie et ma raison y a fondu à moitié ». Lettre du 29 juillet 1990 retrouvé sur le corps de Vincent. « Van Gogh s’est condamné, à mourir, parce que, devant la naissance du fils de son frère, il se sentait une bouche de trop à nourrir » (Artaud). Théo meurt six mois plus tard.
Fleur de Lotus, avril 2014.
Antonin Artaud : Le suicidé de la société, nouvelle édition, Gallimard 2014. Préface d’Evelyne Grossmann.
Viviane Forrester, Van Gogh ou l’Enterrement dans les blés, Seuil 1983.
Revue Obliques, n° 10-11, ARTAUD, 1976.
Van Gogh, Lettres à son frère Théo Grasset 1972. Préface de Charles Terrasse.
Correspondance
De 1937 à 1945 Paul Valéry malade, usé, vieilli avant l’âge, écrit d’amour à une femme Jean Voilier (Jeanne Liviton). Dans ces 554 pages, la vie dissolue sulfureuse de sa jeune maîtresse, la passion qu’il éprouve pour elle, la guerre l’occupation, la décrépitude physique du poète philosophe, apparaissent avec sincérité lucidité gravité, et non sans humour. Il pressent la déchéance de l’être aimé qu’il met en parallèle avec la chute de l’Europe. Les deux lui sont insupportables.
Jean Voilier est née en 1903 de père inconnu. Éditrice romancière avocate. Collectionneuse d’amants venus du monde littéraire Perse, Giraudoux Malaparte Denoël… hommes politiques, sans oublier quelques femmes. Elle disparaît en 1996.
Paul Valéry (Sète 1871-Paris 20 juillet 1945). Il transforme sa passion pour la mer en amour pour l’écriture, prose et poésie. Il se lie avec Mallarmé, Degas, Rilke.L’académicien a essayé de lier sa création à une réflexion théorique sur ce qu’il écrivait.
La correspondance entre André Gide et Paul Valéry a été publiée chez même éditeur (Cahier de la NRF) en 2009.
Samuel Beckett
Ce premier tome –il y en aura quatre, 15000 lettres- est comme une autobiographie de l’écrivain. Cette correspondance nous apprend beaucoup de choses sur la démarche et les goûts, la conception de la vie sociale de l’écrivain. Beckett était un fin connaisseur de Dante, Joyce, Kafka, Proust Racine Balzac, un passionné de musique, de peinture et des langues. Il a beaucoup d’humour… même dans ses réflexions sur le langage. Est-il grossier cet obsédé de la maladie cet hypocondriaque, quand il nous délivre les secrets de son anus ? La montée du nazisme lui fait peur, il s’engage, et recevra la Croix de guerre et la médaille de la résistance. Tant qu’il y aura des mots il y aura de la vie.
En attendant… ces lettres annoncent la naissance d’un grand écrivain. (Dublin 1906-Paris 1989). Prix Noble de littérature en 1969.
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Edith Boissonnas
Edition établie par Muriel Pic. Zoe.
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Jean Dubuffet
Edition établie par François-Marie Deyrolle.
Préface de Pierre Vilar.
L’atelier Contemporain.
E. Boissonnas (1904-1989) et Dubuffet correspondent 87 fois en 35 ans. Écriture tout en retenue et débordant d’humour. Elle est poète, suisse romande. Elle rencontre en 1939 Jean Paulhan Michel Leiris Roger Caillois Georges Bataille Pierre Klossowski, fréquente la NRF qui l’accueille en 1953. En 1945, à Paris, elle se lie à Dubuffet et à l’art brut. Le peintre a été le trésorier de l’association des amis d’Antonin Artaud, extrait d’une des lettres : « Les Arabes ressemblent à A. Artaud (…) Tout ce qu’on leur confie tourne aussitôt au débris inutilisable. (…) Le plus riant et inoffensif projet dégénère en désastre. Les chameaux ressemblent à M. J. Supervielle ». Avec Henri Michaux et Paulhan elle se livre à une expérience « mescaline » qui donnera lieu à une publication collective Mescaline 55 Elle est l’auteur de « Paysage cruel » en 1946. Prix Max Jacob en 1966, pour L’Embellie .
La première lettre, de Valère Novarina (1946-), écrivain, franco-suisse, proche de Beckett Ionesco Perec, date de 1978. Entre le peintre reconnu et l’écrivain débutant, 46 ans les séparent ou les rapprochent. Il est aussi metteur en scène comédien peintre. Certains textes ont été portés au cinéma par Christine Pascal et J-L Gogard, d’autres sont joués à la Comédie Française. Il reçoit le prix Marguerite Duras pour L’Origine Rouge, 2003.
Un peu plus de quarante jours avant sa mort, trouvant ses camélias en piteux état, Dubuffet lui écrit, « vivent-ils encore ou font-ils seulement semblant. Je suis moi-même dans le même cas. Mais se pose avant cette question, celle du bien-fondé de la différence que nous instituons entre exister et ne pas exister. Il ne faudrait pas se poser de telles questions qui n’ont de réponses qu’effrayantes ». Dernière ligne adressée à Valère Novarina la veille de sa mort « Voici venue l’heure où je m’écroule ». Ces phrases épistolaires de Dubuffet, m’ont forcement attiré entre les pages de Marguerite Duras ; la dernière page. 1995 " Le premier août, l’après midi. Je crois que c’est terminé. Que ma vie c’est fini. Je ne suis plus rien. Je suis devenue complètement effrayante. Je ne tiens plus ensemble. Viens vite. Je n’ai plus de bouche plus de visage. " Avant, Dubuffet et Novarina avaient échangé sur le plaisir la transgression, dans, par, l’écrit, sur la libération que l’on trouve dans l’écriture, en utilisant les nouveaux jargons. En 1980, J. Dubuffet à Valère Novarina : « Votre idée qu’on est jeté, non dans un monde mais dans une langue, et que c’est la langue et non un sang qui coule dans nos veines, est on ne peut plus fondé. Reste à tirer parti de ce faux sang. Vous y excellez ».
Fleur de Lotus le 25 juin 2014, aidé par le Libération du 19 juin.

Grâce au Musée Rodin (Paris)
Cinquante photographies et le double de sculptures. L’un photographie surtout les hommes. L’autre sculpte principalement les femmes. Ces deux-là ont un point commun, la passion pour le corps, ses formes, ses ombres, ses secrets, un amour de la chair qui vit. L’un donne des clichés où rien n’est dû au hasard. L’autre des volumes où l’on semble découvrir une certaine spontanéité, impression trompeuse. Le faux plat des agrandissements de Robert Mapplethorpe (1946 décédé du sida en 1989) est en harmonie parfaite avec les reliefs créés par Auguste Rodin (1840-1917).
Au sortir de cette exposition au musée Rodin -jusqu’au 21 septembre 2014- un petit tour à la boutique… Et voilà sur quoi mes mains se sont posées : « Cher maître Lettres à Auguste Rodin 1902-1903 » de Rainer Maria Rilke. Éditions Alternatives 2008. Préface de Sabine Bledniak. Dans sa mise en page, Kitty Sabatier fait une illustration graphique originale de cette correspondance. La femme de Rilke est sculpteur. Elle connaît Rodin. Lui a 27 ans en juin 1902 quand il commence à écrire à Rodin, lui annonçant qu’il va réaliser une monographie sur le sculpteur, écrite en allemand, que Rodin ne maîtrise pas. Pour le poète tout bascule « Toute ma vie s’est changée, dès que je sais que vous êtes mon maître » août 1902. Vulnérable, Rainer Maria Rilke doute encore de lui. Il recherche une éthique, une philosophie de vie, « un exemple inépuisable », un maître qu’il puisse démesurément admirer, un Dieu qui lui montre le chemin et la discipline pour se réaliser dans et par la création. Ils se rencontrent à Meudon. En 1905 Rilke devient son secrétaire particulier, et se fait congédier à peine un an plus tard, sans explication. « Me voilà chassé comme un domestique voleur ». Les Rilke habite un appartement dans l’hôtel Biron, à Paris (1908). Rilke toujours fasciné par la puissance de création de Rodin le persuade de venir s’y installer. Le sculpteur ne quittera plus ce lieu qui, plus tard, deviendra… le musée Rodin. En attendant, l’échange de correspondance continue égrenant les pays traversés par le poète, d’une Europe encore pas en guerre. On ne retrouvera aucune esquisse ou sculpture de Rilke, signée Rodin.
« 9 janvier 1910. Mon très cher grand ami (…) J’ai oublié de vous demander si vous voulez bien continuer de me prêter votre grande table de bureau ? j’avoue que je l’aime beaucoup ; suiventes fois, en m’y installant le matin, je me suis dit : tiens voilà la table de Rodin, il faut que j’y fasse mieux que jamais ; et en effet, je n’ai nulle part travaillé avec autant de persévérance et de foi ».
« 16 octobre 1908. Mon cher Rodin (…) J’ai passé une heure devant « Tolède » du Gréco. Voilà ce que j’ai vu : l’orage s’est déchiré et tombe brusquement derrière une ville qui, sur la pente d’une colline, monte en hâte vers sa cathédrale et plus haut vers son château fort, carré et massif. Une lumière en loques laboure la terre, la remue, la déchire et fait ressortir ça et là, les prés vert-pâle, derrière les arbres comme des insomnies. Un fleuve étroit sort sans mouvement de l’amas de collines et menace terriblement de son bleu noir et nocturne les flammes vertes des buissons. La ville épouvantée et en sursaut se dresse dans un dernier effort comme pour percer l’angoisse de l’atmosphère. Il faudrait avoir de tels rêves. »
« 11 octobre 1902. Mon cher Maître (…) ce n’est pas seulement pour faire une étude que je suis venu chez vous, c’était pour vous demander : comment faut-il vivre ? Et vous m’avez répondu : en travaillant. Je sens que travailler c’est vivre sans mourir ».
Fleur de Lotus le 19 juillet 2014
lettre de Rainer Maria Rilke à Auguste Rodin, Ma 304 11 septembre 1902, archives du musée Rodin, Paris

LES GRAVEURS DE TIMBRES
au Salon Philatélique d'Automne 2014,
espace Champerret
Ça commence par là, l'art postal, par la naissance du timbre. Et heureusement, l'art de la gravure de timbre, qui a failli disparaître, a su résister au modernisme. Pour le défendre, une association s'est constituée autour de Pierre Albuisson, artiste graveur : Art du Timbre Gravé.
Nous avons eu le plaisir d'échanger avec M. Albuisson au Salon Philatélique d'Automne 2014, le 7 novembre à l'espace Champerret à Paris. Plaisir, oui, par l'enthousiasme avec lequel il nous a parlé de son métier, nous offrant même des idées d'activités à faire avec des jeunes en jouant avec le timbre. Au point de nous donner tout de suite envie d'adhérer à l'association.
Suivez les liens pour découvrir l'univers des graveurs de timbres, et leur savoir-faire irremplaçable.
Volubilise, novembre 2014.
EN 2020, IL Y A EU DE BELLES SURPRISES : DES TIMBRES-POSTE, INDEPENDANTS, OU EN CARNETS, OU EN BLOCS, ET DES OBLITERATIONS ILLUSTRÉES.
Si vous avez l'habitude de suivre l'actualité philatélique, vous aurez plaisir à les retrouver et à exprimer vos préférences.
Si vous n'en avez pas l'habitude, vous allez découvrir des trésors artistiques, et peut-être avoir envie de prêter dorénavant un peu plus d'attention à ces œuvres, voire chefs-d’œuvre...
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