Peintre en lettres

23 Juin 2013, 16:43  -  #peintre, #oeuvres art postal, #street art

Croisements

 

La rencontre de la femme de lettres George Sand et du peintre Eugène Delacroix fin 1834, pour un portrait de l'une par l'autre, n'a pas été aussi simple que prévu, à une période où Sand allait se séparer du poète Alfred de Musset. Leur rencontre sentimentale a finalement pris le chemin de l'amitié, par la force des choses.

Sand n'eût-elle rencontré Chopin, Delacroix n'eût-il été l'ami et l'admirateur de celui-ci, et n'eût-il poursuivi une liaison avec Madame la Baronne de Forget, peut-être les relations et le parcours des deux artistes auraient-ils évolué différemment.

Si la flamme du début de leurs échanges épistolaires cède peu à peu la place à un ton plus amical, ce qui frappe est la tendresse qui imprègne l'ensemble de leur correspondance, de novembre 1834 à juillet 1863.

Delacroix et Sand n'ont pas les mêmes points de vue politiques, et le peintre est assez critique quant à l'écriture de sa correspondante, surtout en ce qui concerne le théâtre de celle-ci. Ils n'en demeurent pas moins fidèles l'un à l'autre en amitié, et conservent l'habitude de se donner d'affectueuses interpellations et de se témoigner mutuellement de l'attention. Touchant geste, par exemple, de George Sand, qui confectionne un bonnet de peintre à Delacroix pour qu'il ne prenne pas froid en réalisant certaines de ses œuvres, lui qui est sujet à de graves attaques de laryngites, qui exigent de sa part précautions, repos et silence.

Au fil de leur correspondance, nous découvrons leurs différences et leurs points communs : Sand entourée par sa famille et ses amis, à Paris comme à Nohant, Delacroix devenu plus solitaire, à Paris comme à Champrosay. Sand attirée par les mouvements révolutionnaires, Delacroix n'adhérant pas à ce qui est brutal et marqué par des phénomènes de masse. Sand est idéaliste, Delacroix plus sceptique préfère l'art à la guerre. Il reproche aussi à son amie de ne pas créer en toute liberté, mais de laisser des questions d'argent influencer son écriture. Sand, à la différence de Delacroix, crée pour ses contemporains.

Tous deux rencontrent maints problèmes de santé, travaillent beaucoup, aiment la musique, mais aussi les charmes de la nature, fleurs et animaux. Leurs échanges révèlent le contexte dans lequel ils exercent leur métier. Pour tous deux, passe en filigrane le rapport aux critiques. Questions d'édition et de représentation de ses œuvres pour l'écrivaine, conditions matérielles de travail éprouvantes, expositions et commandes officielles pour le peintre, les sujets de préoccupation et de discussion professionnels ne manquent pas.

Ainsi, l'une des dernières réalisations d'Eugène Delacroix a nécessité de sa part de si longs et si durs efforts que, pour ménager sa santé, il a dû se rapprocher en emménageant en 1857 dans une maison de la rue de Furstenberg, siège aujourd'hui du Musée National Eugène Delacroix à Paris (voir lien ci-dessous) : il s'agit de la décoration de la Chapelle des Saints-Anges de l'église Saint-Sulpice (1849-1861), où l'on peut notamment admirer Jacob Luttant avec l'Ange, scène de l'Ancien Testament, reproduite en timbre postal en 1963 par Pierre Gandon, l'un des graveurs officiels de la poste (voir le timbre illustrant cette rubrique, envoyé par Fleur de Lotus).

De simples billets en longues lettres et inversement, suivons le chemin de George Sand et Eugène Delacroix, mariage épistolaire des arts, parmi leurs pairs aux mondes artistiques variés, jusqu'à la disparition du peintre qui, moins d'un mois avant de partir, envoie encore une multitude de baisers à sa tendre amie.

Volubilise, 23 juin 2013

Sand Delacroix, Correspondance - Le Rendez-vous manqué, collection " Regard sur l'art ", les éditions de l'Amateur, Paris 2005, 303 p.  " Portrait de George Sand ", détail, 1838 (Delacroix).
Sand Delacroix, Correspondance - Le Rendez-vous manqué, collection " Regard sur l'art ", les éditions de l'Amateur, Paris 2005, 303 p.  " Portrait de George Sand ", détail, 1838 (Delacroix).
Sand Delacroix, Correspondance - Le Rendez-vous manqué, collection " Regard sur l'art ", les éditions de l'Amateur, Paris 2005, 303 p.  " Portrait de George Sand ", détail, 1838 (Delacroix).

Sand Delacroix, Correspondance - Le Rendez-vous manqué, collection " Regard sur l'art ", les éditions de l'Amateur, Paris 2005, 303 p. " Portrait de George Sand ", détail, 1838 (Delacroix).

Feuillet commémoratif Eugène Delacroix, 16 avril 2018, rapporté du Salon Philatélique d'Automne à l'Espace Champerret (Paris 17) le samedi 10 novembre 2018.

Feuillet commémoratif Eugène Delacroix, 16 avril 2018, rapporté du Salon Philatélique d'Automne à l'Espace Champerret (Paris 17) le samedi 10 novembre 2018.

PORTRAITS FRUITS et CHANT DE LA TERRE

 

 

 

 

Paul Cézanne Cinquante-trois lettres

transcrites et annotées par Jean-Claude Lebensztejn.

L’Echoppe 2010

 

 

Louis-Auguste, père de Paul Cézanne était chapelier, puis banquier en 1848. Le jeune Cézanne fréquente le lycée Bourbon à Aix-en-Provence, il aime le grec le latin les littératures anciennes et modernes. Dans cet établissement, il se lie d’amitié avec Emile Zola. Les deux parcourent à pied ce coin lumineux de Provence. Son père le pousse vers le droit. Lui  est attiré par le dessin et la peinture, notamment  celle de Géricault et Daumier. Il monte à Paris et s’inscrit à l’Académie Suisse, où il rencontre Camille Pissarro, avec qui il s’installera à Pontoise (1872). Il part à Auvers-sur-Oise où il croise Van Gogh et le docteur Gachet. Giverny l’accueille. Il habite à Paris rue de Vaugirard et revient souvent chez lui, près de la montagne Sainte-Victoire. Il se prend de passion pour Delacroix.

À ces débuts il peint « épais » avec brutalité. Il se rapproche puis s’éloigne des impressionnistes, et commence à peindre ce qu’il voit, en volume en forme géométrique, en masse, il rythme ses touches. Il joue avec l’abstraction. Très attaché à son terroir natal, il peint ses paysages de chez lui, des natures mortes, baigneurs hommes et femmes, pommes, portraits, plus de 900 peintures et 400 aquarelles.  Il est riche, souvent exposé. Son diabète l’amène fréquemment à Vichy.

Ses lettres sont adressées à des peintres, des marchands d’art, des marchands de couleurs, des critiques d’art, des collectionneurs, des galeristes.

À Emile Zola (1858) : Une certaine tristesse intérieure me possède et vrai dieu, je rêve que de cette femme dont je te parlais. J’ignore qui elle est ; je la vois passer quelquefois dans la rue en allant au collège monotone. J’en suis morbleu à pousser des soupirs, mais des soupirs qui ne se trahissent pas l’extérieur, ce sont des soupirs mentals ou mentaux, je ne sais.

À Camille Pissarro (1876) : Le soleil est si effrayant qu’il me semble que les objets s’enlèvent en silhouette non pas seulement en blanc ou noir mais en bleu, en rouge, en brun, en violet. Il faut faire des toiles de deux mètres au moins.

Cézanne écrit de juillet à octobre 1906 au moins 16 lettres à son fils Paul (1872-1947), seul enfant de Cézanne et d’Hortense Fiquet ancienne modèle surnommée Biquette ; ils se marièrent en 1886. À son fils : Quand j’oublie de t’écrire, c’est que je perds un peu la mémoire du temps. Il a fait terriblement chaud et d’un autre côté le système nerveux doit être fort débilité chez moi. Je vis un peu comme dans un rêve. La peinture est ce qui me vaut le mieux. Je suis très énervé de l’aplomb qu’ont eu mes compatriotes de vouloir s’assimiler à moi en tant qu’artiste, il faut voir les saloperies qu’ils font. Mon état d’affaiblissement me nuit beaucoup. Hier j’ai rencontré l’ensoutané, Roux, il me répugne… Ici au bord de la rivière les motifs se multiplient, le même sujet vu sous un angle différent  offre un sujet d’étude du plus puissant intérêt, je crois que je pourrais m’occuper pendant des mois sans changer de place en m’inclinant tantôt plus à droite, tantôt plus à gauche… Je continue à travailler avec difficulté. Tout se passe avec une rapidité effrayante, je ne vais pas trop mal. Je me soigne, je mange bien. Mon cher Paul, pour te donner des nouvelles aussi satisfaisantes que ce que tu le désires, il faudrait avoir vingt ans de moins. Je te le répète, je mange bien, et un peu de satisfaction morale, mais pour ça il n’y a que le travail qui puisse me le donner, ferait beaucoup pour moi. Tous mes compatriotes sont des culs à côté de moi.  Je t’embrasse, toi et maman, ton vieux père Paul Cézanne.

Le 15 octobre 1906, dehors, au contact du motif, le peintre  est sous l’orage sous le froid la pluie. Il perd connaissance. Chez lui, le 23 octobre, à son domicile d’Aix, il meurt, d’une congestion pulmonaire. Ce  père de l’art moderne est un précurseur du cubisme et influencera Maurice Denis et les Nabis. Il jette un pont vers Kandinsky et Malevitch.

Post-scriptum : Lettre de Cézanne à Emile Bernard, 1904. Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective, soit que chaque côté, d’un objet, d’un plan, de dirige vers un point central. Les lignes parallèles à l’horizon donnent l’étendue, soit une section de la nature où si vous aimez mieux, du spectacle que « Le Pater omnipotentens aeterne Deus » étale devant nos yeux. Les lignes perpendiculaires à cet horizon donne de la profondeur. Or la nature, pour nous hommes, est plus en profondeur qu’en surface, d’où la nécessité d’introduire dans nos vibrations de lumière, représentées par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleutés, pour faire sentir l’air.

 

 

 

Fleur de Lotus le 22 septembre 2017

 

 

Cézanne, "Autoportrait à la palette", 1886

 

Timbre "La Montagne Sainte-Victoire" (d'après Cézanne), La Poste, 1994

 

Émile Bernard
Les lettres d’un artiste
(1884-1941)

Édition établie par Neil McWilliam

Les presses du réel 2012

Publié avec le soutien de la fondation d’entreprise La Poste.

« … J’ai produit environ deux mille tableaux, vingt livres, romans, critique, philosophie dont quelques-uns sont édités, près de mille gravures sur bois et eaux-fortes, plus de cent mille vers, plus de trois mille dessins ; j’ai en outre innové dans les meubles la sculpture et la tapisserie. J’ai fait connaître Cézanne, van Gogh. J’ai dirigé plusieurs revues d’art, j’ai parcouru dix nations, plus de cent musée (…) Je n’ai rien épargné pour connaître et faire aimer et défendre le Beau. Pourtant je suis quasiment inconnu, on me marchande la célébrité que l’on donne au moindre faiseur de bagatelle, au premier ignorant venu. Si mes amis parlent de moi c’est avec crainte et ménagements, il semble qu’ils ont peur d’effaroucher les ombres. J’ai toujours agi franchement devant le talent et ma plume a été au service de toute qualité méconnue. Qu’ai-je donc fait au monde pour qu’il me repousse ainsi ? (…) les arts actuels vivent de mes découvertes… Alors est-ce parce que j’ai toujours demandé la justice pour les autres qu’il ne reste plus que l’injustice pour moi ? Mon Dieu, si c’est votre volonté, qu’elle soit faite… »

Émile Bernard a 50 ans en 1918, quand il écrit ces lignes. Excepté son aventure avec les symbolistes de Pont-Aven, qui connaît ce touche-à-tout, ce peintre à ses débuts pointilliste puis avec, puis contre Gauguin, synthétiste ?

Qui est-il ? Un fervent partisan de la tradition, défenseur acharné de la Beauté, de l’Esthétique, positionnement qui lui valut l’étiquette de « conservateur ». Un artiste complet, un peu paranoïaque. Adolescent, il refuse la discipline du lycée Ste Barbe. Créateur d’avant-garde, il se détruit lui-même en luttant contre cette même avant-garde. Après plusieurs allers et retours entre avant-garde et classicisme, l’écrivain-peintre-épistolier se brouille rapidement avec tous ses amis. Longtemps il pratique une peinture en aplats, aux couleurs pures, aux formes schématisées, avant de revenir à une peinture proche de la Renaissance et du XVIIe. Marcheur, voyageur, il peint, écrit, dessine, l’Egypte, la Turquie, Jérusalem l’Europe la Normandie, la Bretagne Paris et sa banlieue. Intellectuel, amateur de Platon et d’Hegel, il donne des conférences. Proche de Proust, de Claudel, il est soucieux de sa postérité, d’où l’importance de cette correspondance. Il se réfère souvent au fait religieux, ou mystique. Il s’interroge, cherche, doute.

Quand ses doigts ne tiennent pas le pinceau, ils guident sur le papier sa plume. La correspondance proposée ici –plus de 400 lettres sur les 2000 conservées- dans ce pavé de 990 pages, est au cœur de l’histoire de l’art. Il en est un des théoriciens. Il échange avec Apollinaire, Cézanne, Denis, Gauguin, Huysmans, Maurras, Mirbeau, Redon, Pétain, Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Vollard, ses parents des critiques, des galeristes. Ces lettres apportent un éclairage nouveau, original, et permettent, avec d’autres auteurs, de comprendre l’évolution de l’art au XXe siècle. Un homme à femmes aussi, lecteur de Balzac, Drumont, Flaubert, Lautréamont. À coup sûr, un écrivain de talent, un peintre défenseur du classicisme, trop vite catalogué comme « réac ».

Né à Lille en 1868 il décèdera à Paris, 15 quai Bourbon le 14 avril 1941 « Adieu. Je meurs étouffé par la congestion. Prenez l’argent derrière la Salomé de Guide. » Derniers mots ce même jour.

Au musée de l‘Orangerie à Paris, une exposition lui sera consacrée en 2014.

« Le Caire janvier 1896… En France, c’est la mort des arts. Les gens qui veulent arriver s’appuient les uns sur les autres. Aurier n’écrivait sur Gauguin que pour arriver parce qu’il voyait là un succès possible, une mode éligible, c’est pourquoi il avait tout intérêt à se taire sur moi et sur mon influence qu’il connaissait sur Gauguin. Tous ces journalistes en herbe, vivre avec eux entraînerait au charlatanisme, c’est ce qui a perdu Gauguin, un homme doué mais amateur du laid et de sa gloriole. Le suprême c’est Cézanne traité d’ignorant par monsieur Mauclair. Ignorant, l’homme le plus savant de ce siècle. Il n’y a pas d’intérêt à vanter Cézanne, c’est un inconnu et la mode n’ira jamais par là. J’ai beau écrire sur lui, on ne m’imprime pas. »

Fleur de Lotus le 23 janvier 2014

Timbre de 1961 d'après le tableau de Cézanne "Les Joueurs de cartes" (dessin et gravure : Pierre Gandon) /Timbre d'après Van Gogh, "La Nuit étoilée, Arles", Paris, Musée d'Orsay.
Timbre de 1961 d'après le tableau de Cézanne "Les Joueurs de cartes" (dessin et gravure : Pierre Gandon) /Timbre d'après Van Gogh, "La Nuit étoilée, Arles", Paris, Musée d'Orsay.

Timbre de 1961 d'après le tableau de Cézanne "Les Joueurs de cartes" (dessin et gravure : Pierre Gandon) /Timbre d'après Van Gogh, "La Nuit étoilée, Arles", Paris, Musée d'Orsay.

"Enveloppe Vincent", juillet 2014 (ART POSTAL)

"Enveloppe Vincent", juillet 2014 (ART POSTAL)

Marcel Duchamp

Lettres sur l’art et ses alentours 1916-1956

Réunies et annotées par André Gervais,
L’Echoppe (2006)

Petit opus de 14 lettres écrites en français ou en anglais. Poser ses yeux sur une œuvre –serait-il d’accord avec ce mot ?- c’est avant toute chose se plonger dans l’interprétation de l’art que l’artiste pose comme postulat fondateur. Son « intention de rester à l’extérieur de toute manifestation artistique est permanente ». Miro a peut-être assassiné la peinture, Duchamp, lui, veut la « tuer ». 50 lignes d’engueulade d’un critique sont meilleures que 100 lignes de félicitations. Remettre en cause l’art lui-même. Le mettre par terre. Il a la provocation –et le jeu d’échecs- au bout de la plume et du pinceau.

L’artiste vécut de 1887 à 1968. À ses débuts, il est influencé par Cézanne. Très vite il peint par plaques qu’il semble voir à travers un prisme, d’où l’impression de répétition et de mouvement. Il va essayer de dépasser le cubisme en le mettant en mouvement et dans le temps, comme une quatrième dimension, tout dans la subjectivité (Nu descendant l’escalier, Jeune homme triste dans un train). Il peint la mécanique des objets manufacturés qu’il considère en tant que telle comme œuvre d’art. Il quitte son poste d’assistant à la bibliothèque Ste Geneviève !

« Je refuse de penser aux clichés philosophiques remis à neuf par chaque génération depuis Adam et Eve. Je refuse d’y penser et d’en parler parce que je ne crois pas au langage. Le langage au lieu d’exprimer des phénomènes subconscients, en réalité crée la pensée par et après les mots. Toutes ces balivernes, existence de Dieu, athéisme, déterminisme, libre arbitre, sociétés, mort… sont des pièces d’un jeu d’échec appelé langage et ne sont amusantes que si on ne se préoccupe pas de gagner ou de perdre cette partie d’échec. Je propose le mot Patataulogies ».

Il correspond avec André Breton, Jehan Mayoux (1904-1975) poète surréaliste, Man Ray, Francis Picabia et cætera. Exposition Marcel Duchamp LA PEINTURE, MEME au Centre Pompidou jusqu’au 5 janvier 2015. Un dernier coup d’œil au Grand Verre, ou La Mariée mise à nu par ses célibataires, même « définitivement inachevé », érotisme, géométrie, transparence, où est la mariée, où sont les célibataires ? Regarder, comprendre surtout de l’autre côté du miroir des mots, des normes.

Bleu. Blanc. Aveuglant à en mourir. Un autre homme peint lui aussi par plaques rectangulaires. Les siennes, très colorées, restent immobiles. L’artiste ne les fait pas bouger. Elles ne témoignent ni du temps ni du mouvement, mais de la lumière. Ses rectangles baignent dans la luminosité du soleil. Ils sont écrasés de ciel blanc bleu. Ce beau gosse, belle gueule, né à Saint-Pétersbourg en 1914 est orphelin très jeune. Une nuit de février 1955, bondissant comme il peignait, il se défenestre.

Pendant ces 40 ans, il rencontre la Catalogne, l’Algérie, le Maroc, l’Italie, l’Espagne, Paris, René Char et le Vaucluse, New-York où il admire l’auteur du « Sacre du printemps ». Ses maîtres : Braque, Cézanne Vélasquez. Qui n’a pas en mémoire ses bateaux, ses musiciens, ses footballeurs ? . Est-ce cette femme -ton amour déjà marié et maman-, qui a guidé tes pinceaux tes brosses, pour déposer sur tes toiles, la lumière de la chute dans ta mort ? Comme un ange déplumé.

Sa correspondance Nicolas de Staël, Lettres 1926-1955, présentée par Germain Viatte, vient d’être publiée aux éditions Le Bruit du temps.

Janvier 1954 « Merci de regarder si longuement notre joie sur la mer. Merci de me déchirer mon amour. Je t’aime à hurler. Je t’aime à mourir » (…) Je t’aime de toute ma folie, je t’aime dans chaque poussière qui touche mon cœur » (…) « J’ai besoin de cette fille pour m’abîmer » (…) « Un ciel immense. Les nuages esquissent quatre fantastiques chevaux qui se cabrent sur la mer. Le sable et c’est tout ».

Exposition « Lumières du Nord. Lumières du Sud », au musée A. Malraux, au Havre jusqu’au 9 novembre 2014.

Fleur de Lotus, le 27 octobre 2014

Enveloppe d'art postal "Duchamp", par Fleur de Lotus, qui mérite bien le titre de "Peintre en lettres", octobre 2014.

Enveloppe d'art postal "Duchamp", par Fleur de Lotus, qui mérite bien le titre de "Peintre en lettres", octobre 2014.

Vincent Van Gogh,
PEINTURE ET VIRILITÉ,
Lettre à Emile Bernard

 

Postface de Didier Semin. L’Échoppe, 2012.

Ces deux-là ont déjà fait parler d’eux sur ce blog. L’un avec Artaud, « Le suicidé de la société » et les lettres de Vincent à Théo. L’autre, pour sa correspondance « Les lettres d’un artiste ». Émile Bernard a eu une trajectoire dans sa conception de la peinture en « aller et retour » Ce père de la peinture moderne, admiratif d’Odilon Redon de Cézanne, influence Van Gogh, Gauguin, les Nabis, Picasso (période bleue). Il peint Venise, l’Egypte, et revient à « l’ordre » aux fondamentaux Rembrandt Raphaël… Alors ses grandes toiles se couvrent de corps nus féminins, tout en courbes. L’exposition « Emile Bernard » au musée de l’Orangerie se termine le 5 janvier 2015. Revenons au texte.

Vincent est à Arles à l’été 1888. Il écrit une lettre à son compère en peinture : « Mon cher copain Bernard », et disserte sur Rembrandt et sur Vermeer, « nous qui raisonnons couleur comme eux clair obscur, qu’importe ces différences, alors qu’il s’agit en somme de s’exprimer fortement ». Et le corps du texte ? Vincent peint « fortement », ses couleurs, la forme de ses touches, la façon dont il couche la penture, tout l’atteste. Quand il pose pinceaux ou brosses pour la plume, il ne mâche pas ses mots, nous sommes loin des lettres à son frère : « Pourquoi dis-tu que De Gas (sic) bande mal. Il vit comme un petit notaire et il n’aime pas les femmes. La peinture de De Gas est virile parce que il a accepté d’être un petit notaire, ayant horreur de faire la noce. » « Si nous voulons, nous bien bander pour notre œuvre nous devons quelquefois nous résigner à peu baiser » « Rubens, ah voilà, il était bel homme et bon baiseur, Courbet aussi, leur santé leur permettait de boire, manger, baiser. Pour toi, mon pauvre cher copain Bernard, je te l’ai déjà prédit ce printemps. Mange bien, fais bien l’exercice militaire, baise pas trop fort, ta peinture n’en sera que plus couillarde.».

Derrière ces mots que se cache-t-il ? Rappelons que Vincent est issu d’une famille puritaine de pasteur. Dans de nombreux écrits, le peintre parle ainsi de la création et de la sexualité. C’est dans l’air du temps. Nous sommes à la fin du 19ième siècle. La sexualité fait peur. On la lie aux maladies mentales, à certaines dégénérescences. Pour beaucoup la perte de semence est synonyme de diminution de l’énergie créatrice. Zola Balzac Flaubert et avant eux Diderot, même Lombroso, font allusion dans leurs œuvres à cette idée. Choisir entre érotisme et talent. Didier Semin (enseignant à l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts, commissaire de nombreuses expositions, auteurs d’ouvrages) indique que l’étymologie du mot pinceau vient de penicillus penicellus et pénis. Alors au bout du bout que faire ? Se châtrer, baiser ? Ou se couper l’oreille ? Quelques années plus tard, Freud, d’un coup de sa baguette magique réglera -t-il cette question ?

Fleur de Lotus, 29 novembre 2014

Enveloppe "Braque", Fleur de Lotus, 25 février 2015.

Enveloppe "Braque", Fleur de Lotus, 25 février 2015.

Bonnard / Vuillard
Correspondance

 

Edition d’Antoine Terrasse

Gallimard 2001

Pierre Bonnard (1867-1947), affichiste graveur peintre. Édouard Jean Vuillard (1868-1940), aquarelliste graveur décorateur peintre. Ces deux-là ne vont pas se quitter. Tous les deux sont élèves à l’Académie Julian puis à l’École des Beaux-arts de Paris. Quand Bonnard le voyageur s’éloigne, ils correspondent, jusqu’à la mort de Vuillard. Ils sont fascinés par Gauguin et les estampes japonaises. Très vite avec Ranson, Sérusier, Denis, ils rejoignent la confrérie des Nabis –en hébreu « les prophètes »- ; le mouvement nabis préfigure le « fauvisme ». Un tableau se définit par une surface plane sans perspective où la peinture est déposée en aplats de couleurs vives, dans un certain ordre.

Bonnard a fait des études de droit. Il commence par réaliser de nombreuses affiches, des décors de théâtre ; il peint des scènes de rue aux couleurs froides, des paysages, des portraits, des paravents. Des nus. Des femmes nues à la toilette. Des corps féminins, allongés dans une baignoire, cadrée comme une photographie. Il illustre des poèmes de Verlaine, travaille pour Debussy, Nijinski. Il se tient à l’écart de l’évolution de la peinture de son époque. Il mène des recherches chromatiques avec des couleurs, riches, pures, brûlantes, aux tons chauds. Il peint le bonheur, le temps qui passe et que l’on regrette, à la recherche de l’Arcadie (bonheur dans l’ancienne Grèce). Il ne peint pas dehors, en situation, en observation directe, mais couche sur sa toile les souvenirs de sa mémoire teintée par son imagination.

La famille de Vuillard le destine à une carrière militaire (il sera peintre aux armées pendant la guerre). Au lycée Condorcet, il rencontre deux enseignants, Bergson et Mallarmé. Les deux peintres vénéreront le poète. Il collabore, pour des costumes décors programmes, avec des théâtres d’avant-garde –Ibsen, Strindberg, Maeterlinck- puis s’éloigne des symbolistes pour une peinture intimiste des scènes de la vie quotidienne, le calme de la bourgeoisie, son bonheur à l’intérieur des tâches ménagères, les couloirs mystérieux qui auraient ravi Hitchcock. Le silence. Le petit détail devient privilégié. Chez Bonnard se sera la couleur. Avant de disparaître il redevient décorateur : le Théâtre de Chaillot (Paris), la Société des Nations Unies (Genève 1938).

Cette correspondance n’est pas un échange épistolaire entre deux peintres. Elle est une preuve d’amitié écrite entre deux amis qui se respectent, s’estiment. Pourquoi s’écrire long quant on a confiance, que l’on se connaît parfaitement ? Ils ne se jugent pas. Ils comprennent leurs évolutions parallèles. Les écrits sont très courts. Ils renseignent sur leur santé, leurs voyages, les deux guerres, leurs rendez-vous. Beaucoup de mots sont au dos de cartes postales.

Arcachon 13 avril 1891 « Mon cher Vuillard, Vous vous doutez du plaisir que m’a causé votre lettre. Je l’ai lue plusieurs fois pour la savourer »

Dimanche 7 août 92 « Mon vieux Bonnard, Eh bien !comment ça se tire-t-il ce voyage ? Les oreilles ont du vous tinter hier soir ; on a joliment parlé de vous, devinez où ? chez la grosse dame de la rue Tronchet chez qui ce revenant d’Hoenschel nous avait réinvités à recommencer le même gueuleton que l’année dernière avec les mêmes invités »

Dimanche 7 août 92 : « Mon travail a été un peu abandonné (…) Je suis la plupart du temps seul et je ne m’ennuie pas trop.(…) Amusez-vous bien, ne pensez pas trop à la peinture et portez-vous bien. C’est la grâce que je vous souhaite en vous la serrant bien amicalement ».

Carte postale de Rome jeudi 23 avril 1914 « Mon cher Bonnard, je suis étonné d’être étonné après tant d’étonnements. Que c’est beau ces vielles ruines dorées pour une vieille roulure comme moi. Que le printemps vous soit heureux ».

Le Cannet 30 avril 1938 et mars 1940 : « Mon cher Vuillard, Je me suis remis au travail avec beaucoup de mal, et finalement cela m’a remonté le moral. Je me sens sans grande force et je me demande si cela reviendra un jour. Quelle sécheresse, comme j’ai de quoi arroser je mange les légumes du jardin. À bientôt mon cher Vuillard ; J’ai recommencé ma baignoire ! » « Je m’intéresse beaucoup au paysage et mes promenades sont remplies de réflexions à ce sujet. Je commence à comprendre ce pays et n’essaye plus d’y trouver ce qui n’y est pas et alors il referme de grandes beautés. De là à établir les différentes conceptions que la nature a fait naître, c’est ce qui m’amuse. C’est assez tôt dans la soirée d’avoir des nouvelles des événements et de recevoir des douches écossaises en lisant les journaux. Beaucoup de jeunes filles m’intéressent cette année avec leurs paquets de cheveux comme on n’en avait pas vu depuis longtemps ».

Paris 29 mars 1940 : « Mon cher Bonnard, ma santé n’est pas brillante, grippe, douleurs nerveuses, causées par ce froid cruel de cet hiver. Le moral s’en ressent et j’ai glissé peu à peu à une oisiveté. Je vis, malgré tout, dans un certain isolement qui ne me défend pas de l’obsession présente et me paralyse. Pardonnez-moi de geindre. En toute amitié ».

Fleur de Lotus, juillet 2015

Enveloppe "Bonnard" par Fleur de Lotus, septembre 2015

Enveloppe "Bonnard" par Fleur de Lotus, septembre 2015

LE PRESSIONNISME 1970-1990
Les chefs d'œuvre du graffiti sur toile
de Basquiat à Bando

Pinacothèque de Paris, 2015

(Catalogue de l'exposition

Préface par Marc Restellini, directeur artistique)

Connaissez-vous la différence entre "tag" et "graffiti" ?... Vous en êtes sûrs et certains ? Savez-vous où le graffiti est apparu en France et par qui il a été importé ?...

Déroutante, l'exposition qui a eu lieu à la Pinacothèque, qui a pris le parti d'attribuer un nom de mouvement à l'art de la peinture à la bombe aérosol : le "PRESSIONNISME", ou "PRESSURE ART".

Peut-être êtes-vous étonnés de voir cet article dans la rubrique "Peintre en lettres" ? Mais oui, il est temps de donner à cet art qui a marqué la fin du XXème siècle la place qui lui revient : celle d'un art pictural à part entière. C'est ce qui a motivé la Pinacothèque : "[m]ontrer comment les "institutions muséales" sont passées à côté d'un "bouleversement artistique majeur". (p.2) Alors, voici des street artists accrochés aux cimaises des peintres, sur le blog comme au musée aujourd'hui.

Le Pressionnisme multiplie les points communs avec l'art postal. Il s'est développé à peu près à la même période, il est trop souvent considéré comme un art mineur et il a un peu de mal à entrer dans les musées, il fonctionne en réseau, et il permet à l'artiste de s'exprimer librement en obéissant à certains codes.

Le Pressionnisme comporte une part de compétition, de "duels" : "l'art ne peut se régénérer que par la réflexion commune, les dialogues et les confrontations d'artistes." (p.2) L'organisation actuelle de concours d'art postal répond aux mêmes préoccupations. Échanger pour créer et recréer. Dans le Pressionnisme, cette caractéristique incite les artistes à opter pour des supports tels que des wagons ou des toiles.

Ce véritable hommage de l'institution culturelle au street art nous permet de réaliser à quel point l'art à la bombe aérosol correspond à la recherche d'un style et d'une identité artistique, et à la transmission d'une démarche artistique aux plus jeunes par les "Maîtres du mouvement" : "[l]le Pressionnisme est à l'origine une communauté réduite aux règles strictes où le travail, de la signature à la pièce, est codifié et les grades de chacun établis au cours de luttes incessantes. (...)

Cette communauté artistique se veut également probe et met au ban les artistes ayant des problèmes avec la morale, ou ne respectant pas les règles établies, rejoignant ici les chevaleries médiévales, dans un code d'honneur imposé à tous." (p. 38) Voilà une notion de respect qui fait écho à celle de l'expéditeur d'un courrier d'art postal.

Le Pressionnisme a su s'emparer de traditions graphiques pour leur redonner une nouvelle vie en exploitant ce nouveau medium de la bombe aérosol, vendue à New-York à partir des années 1970.

L'acte créatif passe d'abord par une recherche, une esquisse "au crayon à mine dure sur une feuille de papier blanche", pour "garder [l']idée de joute artistiques à armes égales". (p.12) L'artiste travaille sur un "carnet de recherches" : le "black-book". D'une "pièce graffiti" il peut aboutir à une véritable enluminure, "la suprême master piece". (p.12)

Le Pressionnisme va plus loin, capable d'intégrer cette tradition scripturale et de crayonné à la composition finale, qui peut comporter "tag sur toile", "signature graffiti", et/ou "figure" ("personnage"). (p.16) Parmi les artistes accordant une importance au personnage, on peut citer Dondi et Futura (des pionniers), et T-Kid 170.

Prince de l'enluminure, Rammellzee (1960-2010, ce pseudonyme étant décrit par l'artiste comme une équation mathématique), exprime son goût pour l'écriture et la tradition médiévale monastique dans ses œuvres. Il est moins connu que Jean-Michel Basquiat, avec lequel il a pourtant partagé un atelier et ses expériences avec d'autres street artists. Basquiat l'a même représenté avec Toxic dans l'un de ses tableaux, les surnommant "Hollywood Africans".(p.32) Rammellzee théorise son art et donne un nom à ses concepts, fondés sur une certaine vision linguistique concernant les lettres et l'alphabet : "Gothic Futurism" et "Ikonoclast Panzerism".

Le Pressionnisme va complexifier le lettrage, rendant "la lettre et le nom qu'elle compose difficilement lisibles, au point de les faire disparaître.", comme Zéphyr, ou Tracy et son "Wild Style". (p.28) La composition évolue vers l'abstrait (Seen et le "tachisme", où des taches de différentes couleurs nous font perdre la délimitation du lettrage).

La figure devient chez certains un véritable symbole (la couronne à trois branches chez Basquiat par exemple, ou les roues dentées chez Bando et Futura). D'autres préfèrent représenter des personnages existants comme Lady Pink, avec par exemple son autoportrait peint en 1992, la montrant en pleine réalisation, mettant en évidence la possibilité pour une femme d'intégrer ce mouvement. C'est le tableau que la Pinacothèque a choisi pour composer l'affiche de l'exposition.

En France, où et comment le Pressionnisme est-il arrivé ? Est-il né par hasard dans les banlieues ? Eh bien, non. Nous le devons à un Franco-Américain de la rue du Bac à Paris : "le graffiti, dans la tradition américaine des années 1970-1980 n'est importé en France qu'en 1983, par Philip Lehman. (...) Il décide de se mettre au graffiti et prend le pseudonyme de Bando (...). Il fonde en 1983 le groupe des Bomb Squad 2 et tague les rues de son quartier, fédérant les premiers graffeurs français du quartier de Saint-Germain-des-Prés." (p.44)

Voulant "faire reconnaître la qualité artistique de leur mouvement sur un support pérenne", des artistes vont essayer de présenter leurs œuvres au public. Le Pressionnisme doit à Agnès B., "galeriste précurseur de ce mouvement" sa première exposition "dans une capitale, en 1989." (p.54)

Le Pressionnisme a marqué le parcours d'autres artistes, comme Keith Haring, qui a côtoyé des graffeurs lors de ses études à la School of Visual Arts de New-York. Il a fait la connaissance de Basquiat et d'autres street artists, writers et musiciens, qui l'ont influencé en adepte du dessin au contour et de la représentation de personnages parfois accompagnés d'écriture.

Le Pressionnisme a approché d'autres pratiques artistiques de la rue. A Paris, Bando invitait d'autres artistes à des duels dans un terrain vague où la soirée se prolongeait "en compétition de mixage et de break-dance, grand brassage culturel multidisciplinaire." (p.6) Quant à Rammellzee, il fait partie des pionniers du rap. La pochette de son album Beat Bop a été réalisée par Basquiat. Mais si Rammellzee a apporté sa richesse linguistique au rap apparu dans les années 1970, le mouvement hip-hop s'est développé "plus tardivement" et n'a pas eu de "réelle influence sur le développement" des styles d'écriture des "pionniers français ou américains du graffiti". (p.6)

Il y a encore beaucoup de choses à découvrir de ce mouvement artistique. Le catalogue de l'exposition, richement illustré, est une mine d'informations.

Et la différence entre "tag" et "graffiti" ? Je ne vous donnerai que leur définition ; si vous voulez vraiment la comprendre, allez lire leur histoire en page 60 du catalogue.

Le Tag :

"Écriture dont le trait forme la lettre. Chacun de nous fait, en écrivant, un tag et développe sa propre calligraphie".

Le graffiti :

"Écriture en surfaces colorées, où le trait entoure la lettre. Chaque graffeur y travaille sa typographie personnelle."

Volubilise, septembre 2015

Les citations sont extraites du catalogue de l'exposition.

Enveloppe d'art postal "Hommage à Keith Haring", Fleur de Lotus, 2015

Enveloppe d'art postal "Hommage à Keith Haring", Fleur de Lotus, 2015

Enveloppe d'art postal petit format au stylo-bille et au stylo-feutre "Hommage au Pressionnisme", Volubilise, 2015

Enveloppe d'art postal petit format au stylo-bille et au stylo-feutre "Hommage au Pressionnisme", Volubilise, 2015

Keith Haring, mur peint de l'Hôpital des Enfants Malades Necker, Paris, photographies par Fleur de Lotus, 2015.
Keith Haring, mur peint de l'Hôpital des Enfants Malades Necker, Paris, photographies par Fleur de Lotus, 2015.
Keith Haring, mur peint de l'Hôpital des Enfants Malades Necker, Paris, photographies par Fleur de Lotus, 2015.
Keith Haring, mur peint de l'Hôpital des Enfants Malades Necker, Paris, photographies par Fleur de Lotus, 2015.
Keith Haring, mur peint de l'Hôpital des Enfants Malades Necker, Paris, photographies par Fleur de Lotus, 2015.
Keith Haring, mur peint de l'Hôpital des Enfants Malades Necker, Paris, photographies par Fleur de Lotus, 2015.

Keith Haring, mur peint de l'Hôpital des Enfants Malades Necker, Paris, photographies par Fleur de Lotus, 2015.

Plateau de jeu "Dada a 100 ans", Volubilis, mars 2016 (collages).

 

Dada a cent ans, quid de ses dents ?

 

Au cours du XXème siècle, en ruant dans les brancards, Dada a pris l’art postal en croupe et l’a fait galoper jusqu’à nous.

L’art postal a été influencé par le mouvement Dada. Il est plus complexe à définir qu’il n’y paraît, parce qu’il n’a jamais eu d’école, et parce que lui n’a jamais été brandi comme un mouvement. Même la New York Correspondence School de Ray Johnson, l’homme cité par des mail-artists comme l’inventeur du mail art bien qu’il en ait surtout inventé le nom en 1962, n’a jamais été une école en fonctionnement. En ont fait partie ceux que l’artiste nord-américain a reconnus comme ses pairs, mais sans leur demander quoi que ce fût ni leur donner aucun mot d’ordre.

Ray Johnson est par ailleurs un artiste du collage, postal ou non, mode d’expression adopté par les dadaïstes. Le photo-montage n’a-t-il pas été créé en 1918 par Raoul Haussmann et Hannah Höch, artistes ayant fait partie des dadaïstes ? C’est ce que montrent deux expositions en ce moment, l’une au Musée Départemental d’Art Contemporain de Rochechouart dans le Limousin, l’autre à la Kunsthalle de Mannheim en Allemagne.

Dada, lui, est un mouvement, avec un manifeste, écrit en 1916 par Hugo Ball, musicien fondateur du Cabaret Voltaire à Zurich (Suisse). L’écrivain souhaitait apporter de la vie, grâce aux contributions d’artistes, sous différentes formes, pour trouver refuge loin de l’enlisement meurtrier de la Première Guerre Mondiale. « Ce que nous célébrons est à la fois une bouffonnerie et une messe des morts. » (Journal, p. 24)

S’il y a un mot d’ordre chez Dada, c’est de redonner la vie, et d’affirmer sa liberté, sa distance avec le monde : le but du Cabaret Voltaire « est de rappeler qu’il y a, au-delà de la guerre et des patries, des hommes indépendants qui vivent d’autres idéaux. » (Cabaret Voltaire, p.8) Les dadaïstes ont voulu affirmer le libre-arbitre, et la liberté de s’exprimer et de créer, quitte à aller jusqu’à déstructurer l’outil linguistique, musical, pictural.

De toute façon conventions et idées ont échoué, n’empêchant pas une boucherie humaine mondiale. « Le but de la poésie est de renoncer au langage conventionnel, de s’en débarrasser. (…) Je ne veux pas de mots inventés par quelqu’un d’autre. » (Manifeste, p.9-10) Pour Hugo Ball, « le mot et l’image ne font qu’un » (Manifeste, p. 44), comme dans les compositions d’art postal.

Les dadaïstes ont conscience de l’absurde, qu’ils expriment à travers des performances, parfois costumées et masquées, proches du mime ou atteignant parfois la force d’une entrée en transes. Bien avant le slam, ils récitent et mettent en scène des poèmes, dont des poésies phonétiques.

Ils cultivent l’insolite, le jeu, l’humour, l’ironie. Ils sortent des sentiers battus. Ils veulent reconstruire à partir du chaos. Le changement, non pas la révolution, émerge lorsque l’on est allé au bout d’une mauvaise route, lorsqu’il ne reste plus rien.

Hugo Ball se confronte à de multiples questionnements, l’amenant à être lui-même critique vis-à-vis de cet état d’esprit artistique qu’il a lui-même créé. Il semble en avoir fait le tour, jusqu’à un total désintérêt. En octobre 1916, alors qu’il a terminé d’écrire son roman Flametti, il note dans son journal : « en tant que glose ironique sur le dadaïsme, il pourra aussi disparaître avec lui. » (Manifeste, p. 77)

Cent ans plus tard, que reste-t-il de cette posture artistique ? Quelle forme d’expression atteint ce niveau de pulsion créatrice et de liberté ? Existe-t-il aujourd’hui un art qui permette à l’homme de faire renaître l’humanité hors du conflit armé et de l’échec de grands idéaux, en rassemblant des artistes au-delà des frontières et des genres artistiques ?

Volubilis, mai 2016

Les citations sont tirées de l’édition en 2006, dans la collection « l’écart absolu » (éditions Les Presses du Réel), d’un extrait du journal de Hugo Ball, qui donne son nom au livre : Dada à Zurich – Le Mot et l’image (1916-1917), et des textes « Cabaret Voltaire » et « Premier manifeste dada ».

  MALLARME-MORISOT,

 

Correspondance 1876-1895 

 

 Lettres réunies et annotées 

 

par Olivier Daulte, Manuel Dupertuis,

Arnaud d’Hauterives

La Bibliothèque des arts, 1995 et 2009

 

Berthe Morisot, peintre impressionniste, femme, est injustement peu connue. Elle voit le jour en janvier 1841 à Bourges. Arrière petite-nièce de Fragonard, une chose lui plaît par-dessus tout : la peinture ! Au Louvre, elle copie les chefs-d’œuvre, rencontre Fantin-Latour. Elle étudie auprès de Corot. Dans l’atelier d’Edouard Manet où elle pose, elle croise Mallarmé.

Elle se marie –1868- avec Eugène, le frère du peintre. Ils ont une fille, Julie, surnommée Bibi. Pendant l’hiver 1895 l’enfant est malade ; en la soignant Berthe Manet attrape une mauvaise grippe aggravée d’une congestion pulmonaire, foudroyantes. « Je suis malade, mon cher ami, je ne vous demande pas de venir parce qu’il m’est impossible de parler » (BM 27 février). Elle décède le samedi 2 mars 1895 à Paris. Mallarmé déjà nommé subrogé-tuteur devient le tuteur de Julie. La flamme affaiblie du poète malade s’éteint le 9 septembre 1898.

Volubilise dans la rubrique « Mots Dits Poètes » a déposé quelques notes à propos de Mallarmé. Il a sept ans quand sa mère meurt. Il connaît les séjours sinistres, monotones, des pensions, collèges, lycées. Il ne se voit pas devenir fonctionnaire comme beaucoup de membres de sa famille. Il voue à sa plume une autre vocation que celle de signer des actes administratifs. Fuyant, il apprend l’anglais –qu’il enseignera- pour lire Poe. Toute son œuvre est empreinte du mythe d’Orphée, de métaphysique, entre Ténèbres et Temps. D’où vient le beau, l’esthétique ? La création artistique est-elle un mensonge ? Paul Verlaine intègre Mallarmé dans son recueil Les Poètes maudits. S'il fallait choisir un texte de ce précurseur de la poésie moderne : L’après-midi d’un faune, mis en musique par Claude Debussy.

Dans ce dernier quart du XIXème siècle, peintres poètes écrivains musiciens se reçoivent beaucoup. Chez Mallarmé le mardi ; chez Morisot le jeudi. À Paris à Valvins (Mallarmé). A Giverny (Monet). On y croise Zola, Durand-Ruel, Degas, Renoir, Cassatt, Sisley, Banville, l’abbé Hurel, Charles Lamoureux, Pissarro, Gallimard. Mallarmé et Morisot sont deux épistoliers réservés, empreints de politesse, d’estime réciproque. Ils nous emmènent dans la beauté de la musique et des couleurs de la campagne, dans la vie artistique de l’époque, vilipendée par les critiques et refusée dans les salons.

 

« Nice Jeudi 28 février 1889. Mon cher ami, Combien vous êtes aimable de m’envoyer un si joli supplément de journal et moi coupable de tant tarder à vous dire le plaisir que vous me faites. Au fond, je suis comme Julie, vous me troublez beaucoup et c’est ce qui me sert d’excuse et aussi que je travaille mal. Ce pays est trop beau pour moi, je ne veux plus, maintenant, penser qu’aux aquarelles et ce sera une difficulté de plus d’être digne des vers. (…) Mille souvenirs affectueux à ces dames de notre part. Mon mari remercie Mlle Geneviève de vous avoir rendu Boulangiste. Je vous enverrai peut-être des oranges de mon jardin avec leurs feuilles, mais ne vous croyez pas obligé de me remercier. Mes très sincères amitiés. Berthe Manet. Je reste toujours inquiète du nénuphar blanc »

 

«Valvins samedi 27 juin 1891 Ma chère amie, Je profite d’un jour de beau soleil, parce que je n’aime pas répondre à mes amis, par la pluie : il semble, à la campagne, que c’est le motif qu’on écrive. Aussi, une lettre, qui attend sous les yeux, garde encore de la présence de qui elle émane ; après la réponse, semble-t-il, moins. Et, pour finir, je suis paresseux ; ou je travaille beaucoup. Vous, les pommiers posent-ils ? et les petites filles avec des flûtes dessous (…) Non, Eugène Manet n’est pas autoritaire, moi non plus. Je passe ma vie à subir, excepté peut-être dans la littérature, mais c’est bien le moins» Votre Stéphane Mallarmé »

 

 

Fleur de Lotus le 1er février 2017

 

Voir également dans la rubrique "Mots dits poètes" le texte de Volubilise sur Stéphane Mallarmé "Au-delà des lettres : Les Loisirs de la Poste", accompagné d'une flamme postale senonaise.

 

Timbres sur Berthe Morisot. Le premier, datant de 1995, a été composé par Jean-Paul Véret Lemarinier, d'après un tableau intitulé "Le Berceau". Le deuxième, émis en 2006, issu de la série "Les Impressionnistes", a été mis en page par Sylvie Patte et Tanguy Besset, d'après le tableau "La Chasse aux papillons" (1874).

Timbres sur Berthe Morisot. Le premier, datant de 1995, a été composé par Jean-Paul Véret Lemarinier, d'après un tableau intitulé "Le Berceau". Le deuxième, émis en 2006, issu de la série "Les Impressionnistes", a été mis en page par Sylvie Patte et Tanguy Besset, d'après le tableau "La Chasse aux papillons" (1874).

Fleur de Lotus nous offre son interprétation colorée de cartes éditées par l'ADPHILE (Association pour le Développement de la Philatélie), illustrées "à la manière de..." différents artistes.

Elles font partie des outils pédagogiques de cette association composée de cinq membres : La Poste, la Fédération Française des Associations Philatéliques, la Chambre syndicale française des Négociants et Experts en Philatélie, la Croix-Rouge française, et le Cercle de la Presse Philatélique.

 

Cartes éditées par l'ADPHILE, et interprétées par Fleur de Lotus, 2018.
Cartes éditées par l'ADPHILE, et interprétées par Fleur de Lotus, 2018.
Cartes éditées par l'ADPHILE, et interprétées par Fleur de Lotus, 2018.
Cartes éditées par l'ADPHILE, et interprétées par Fleur de Lotus, 2018.
Cartes éditées par l'ADPHILE, et interprétées par Fleur de Lotus, 2018.
Cartes éditées par l'ADPHILE, et interprétées par Fleur de Lotus, 2018.

Cartes éditées par l'ADPHILE, et interprétées par Fleur de Lotus, 2018.

 Marie Bashkirtseff - Guy de Maupassant

 

 CORRESPONDANCE

 

 Préface de Martine Reid

 

 Actes Sud, 2000

 

Elle est née en Ukraine (novembre 1858). La famille, noble, aristocratique, cultivée, fortunée, mène une vie de bohème, de nomade à travers l’Europe, et s’installe à Nice, lieu cosmopolite (1871). Très rapidement la phtisie touche Marie. Elle a 17 ans. A 25 ans, la tuberculose emporte la jolie ukrainienne (octobre 1884).

Marie s’installe à Paris, et fréquente les milieux artistiques. Elle peint, et expose ses œuvres, très réalistes. Dès l’âge de 14 ans, elle tient son journal en français. Ces 19 000 pages sont une confession sur ses désirs, ses révoltes, sa soif de gloire et d’être admise comme femme peintre, sur son féminisme, son narcissisme, sa volonté de vivre alors qu’elle se sait condamnée. Elle est consciente de sa beauté.

 

En mars 1884, elle décide d’avoir des échanges épistolaires -sans doute pour être reconnue dans le monde des lettres- avec G. de Maupassant, A. Dumas fils, E. Zola, Sully Prudhomme. Aucune de ses missives n’est signée de son vrai nom. Aux destinataires de deviner l’auteur ! Certains ne répondent pas, Maupassant, si. Où commence le jeu ? Le chat, la souris ! Pas de règle, seulement le talent ! Et le plaisir des mots sur la feuille, souvent porteurs de fantasmes! Maupassant joue, il apprécie le badinage. Marie se fait passer pour un vieux professeur grivois et Maupassant lui répond et indique des adresses de maisons closes… La missive est adressée à madame R.G.D. poste restante de la Magdeleine Paris. Guy de Maupassant ne verra jamais Marie Bashkirtseff. Il meurt en 1893, à 43 ans, après 18 mois d’internement.

 

22 avril 1884, Guy de Maupassant : « Madame; je vous ai donc blessée, ne le niez pas. J’en suis ravi, et je vous en demande pardon, bien humblement. Je me demandais qui est-ce? Elle m’a écrit d’abord une lettre sentimentale, une lettre de rêveuse, d’exaltée. c’est une pose commune aux filles. Est-ce une fille ? Beaucoup d’inconnues sont des filles.(…) Croyez, madame, que je ne suis pas aussi brutal, ni aussi sceptique, ni aussi inconvenant que je l’ai paru avec vous. Mais j’ai, malgré moi une grande méfiance de tout mystère, de l’inconnu et des inconnues. Comment voulez-vous que je dise une chose sincère à la personne X… qui m’écrit anonymement; qui peut-être un ennemi ou un simple farceur. Je me masque avec les gens masqués. C’est de bonne guerre. Je viens de voir un petit coin de votre nature par ruse. Encore pardon. Je baise la main inconnue qui m’écrit. »

Avril1884, Marie Bashkirtseff : « Comment vous prouvez que je ne suis ni un farceur, ni un ennemi ? Et à quoi bon ? Impossible non plus de vous jurer que nous sommes faits pour nous comprendre. Vous ne me valez pas. Je le regrette. (…) Une petite niaiserie très délicate de votre lettre m’a fait rêver. Vous avez été affligé de m’avoir fait de la peine. C’est bête ou charmant. Vous pouvez vous moquer de moi, je m’en moque. Oui, vous avez eu là une petite pointe de romantisme à la Stendhal tout bonnement, mais soyez tranquille vous n’en mourrez pas encore cette fois. Bonsoir. »

Mai 1984, Marie Bashkirtseff « Ce que je trouve très-drôle c’est de vous dire simplement la vérité pendant que vous vous imaginez que je vous mystifie. Je ne vais pas dans le monde républicain bien que républicaine rouge ! Mais non, je ne veux pas vous voir. Si vous saviez qu’on vous regarde exprès, vous auriez peut-être l’air bête. il faut éviter ça. (…) Allez chez une somnambule et faites-lui flairer ma lettre, elle vous dira mon âge, ma couleur, ce qui m’entoure. Vous m’écrirez ce qu’elle vous aura révélé. Ennui, farce, misère. Ah monsieur c’est parfaitement juste pour moi. Mais moi, c’est parce que je veux des choses énormes que je n’ai pas… encore. Vous ce doit être pour le même motif. Vous voir ! Laissez-moi donc vous charmer par ma… littérature, vous y êtes bien arrivé, vous !"

Juin 1984, Marie Bashkirtseff « Monsieur, je ne voudrais pas être rasante et je sens que je le suis. Je vous ai écrit des stupidités humiliée d’être lâchée au bout de six lettres. Vous ne pouvez pas comprendre combien je m’amuse à écrire tout un monde à un homme que je ne connais pas. Je voudrais tellement vous intéresser. Je vous ennuie ? Eh! personne ne le saura vous m’avez insultée, personne ne l’a su. C’est un petit coin de monde à part. »

Quelques-uns de ses tableaux sont exposés au musée d’Orsay à Paris.

Fleur de Lotus, novembre 2018

 

 

 

Timbre-poste "Guy de Maupassant (1850-1893)", dessin et mise en page par Ernest PIGNON-ERNEST, gravure par Claude JUMELET, 1993.

Timbre-poste "Guy de Maupassant (1850-1893)", dessin et mise en page par Ernest PIGNON-ERNEST, gravure par Claude JUMELET, 1993.

Carte philatélique en hommage à Suzanne Valadon

 

 LE TRIO INFERNAL VALADON UTRILLO UTTER 

 

 Exposition de peinture

 

Bessines-sur-Gartempe - été 2019 

 

 

Bessines-sur- Gartempe, petite commune de la Haute-Vienne au nord de Limoges. Pascal Sevran (1945-2008) vivait dans un hameau proche, à Morterolles. Suzanne Valadon (1865-1938) est native du bourg. Bessines est surtout connue pour son uranium. Bonjour madame Anne Lauvergeon ! La Compagnie générale des matières nucléaires (Cogema) nexiste plus, absorbée par Areva, créée le 3 septembre 2001 puis transformée en Orano (2018). Aujourdhui sur le site, daprès ce que jai compris, ne reste que le nucléaire médical, laboratoire de recherche Maurice Tubiana. Et si jai vraiment tout compris, le site dentreposage duranium appauvri va être étendu.

cVous devez penser que jai absorbé une forte dose de radiations ! Cest vrai qu’à lentrée de ce lieu industriel, on peut visiter Urêka, musée de la mine duranium, avec sons et courants dair garantis ! Mais avant ou après Urêka, au même endroit, jetons un coup dœil à lexposition du « trio infernal » qui a donné son nom à ce texte. On peut préférer « la trinité maudite »

Marie-Clémentine Valadon est née de père inconnu. Enfant elle dessine partout.  Apprentie-couturière, acrobate dans un cirque, suite à un accident qui l’éloigne de la piste elle pose, nue ou habillée, pour Puvis de Chavanne, Renoir, Toulouse-Lautrec. En 1883, naît son fils, Maurice Utrillo, de père inconnu. A 8 ans il est reconnu par un des amants de sa mère, Miguel Utrillo. Alcoolique, schizophrène, Maurice découvre lunivers psychiatrique. Il décèdera en 1955. André Utter (1886-1948), un soir de java, ramenant Utrillo ivre chez sa mère, découvre S. Valadonils se marient en 1914.

Il a une formation d’électricien, Valadon linitie à la peinture. Il est doué. Cest lui qui gère les affaires des trois. De conflits en conflits ils ne se séparent pas. Enfants de la butte Montmartre, amis dErik Satie, ils fréquentent Le Lapin Agile et le Bateau-Lavoir (Picasso). Roland Dorgeles prononce le discours funèbre dUtter, victime dune pneumonie en sortant du Lapin.

Fleur de Lotus

Peintre en lettres
Peintre en lettres
Peintre en lettres
Cartes et enveloppe philatéliques : Le Trio infernal Utrillo Valadon Utter, exposition de peinture à Bessines-sur-Gartempe (87) du 7 juillet au 4 août 2019.

Le hasard du Père NoëlLe livre dOlivier Renault « Les modèles et leurs peintres, dans lintimité des ateliers », Editions Parigramme 2019, ma renvoyé à Valadon. Vers Maria la modèle, et Suzanne lartiste. Deux identités pour une même femme ?

Pour Madeleine, la maman, tout a commencé mal très tôt. A tout juste 17 ans ses parents la forcent à épouser un forgeron, Léger Coulaud. Un fils naît. Il meurt à l’âge de deux ans. Une petite Marie-Alice naît. Le papa trafique de la fausse monnaie. Il se retrouve au bagne de l’île du Diable, où il meurt deux ans plus tard.

La Ligne Paris-Orléans est prolongée jusqu’à Toulouse. Un ingénieur séduit Madeleine, et Marie-Clémentine, la future S. Valadon, naît. La maman et son bébé sinstallent à Paris près de Pigalle. Lenfant reste seule toute la journée chez la concierge pendant que sa mère fait des ménages. Elle connaît la solitude, et vite elle sort, vagabonde sur la Butte, à la recherche de liberté, avec un caractère bien trempé. A 11 ans, après de nombreuses fugues et une haine de la discipline, elle quitte l’école. Elle a une seule passion, un seul centre dintérêt : le dessin. Après la chute du trapèze, elle sattaque à la peinture.

Le lundi elle va au marché des modèles, proposant ses services, dabord pour le « détail » (les mains, le cou) puis pour « lensemble ». « Ça y est ! Ca y est ! Je ne savais pas pourquoi, mais je savais enfin que jy étais arrivé ». La belle devient Maria Valadon : beaucoup de modèles changeaient didentité (Alice Prin sera Kiki de Montparnasse). Maria passe pour être un excellent modèle, gardant la pose, ou la proposant. 

Un jour« Je descendais la rue Lepic, un monsieur, rosette à la boutonnière, me regarde… » Elle a 15 ans et posera pour Puvis de Chavannes plusieurs années, sans oser lui avouer quelle dessine depuis l’âge de 9 ans. Elle sera sa maîtresse, comme il était dusage à l’époque. Tous les peintres pour qui elle a posé mépriseront son travail de peintre. Maria est la seule modèle professionnelle engagée par Renoir. « Avant de peindre, il esquissait très vite ; il se débrouillait tout de suite avec la couleur. Il travaillait longtemps, plusieurs choses en même temps. peignait vite. ».

Elle collectionne les aventures, sentimentales ou érotiques.  Une avec un étudiant ingénieur agronome, Miquel Utrillo, croisé dans un cabaret. Il a un fils Miguel. Elle dira à ce dernier : « Votre père était un homme extraordinaire et le temps que jai passé avec lui représente le meilleur de ma jeunesse ».  En 1883, Miquel Utrillo la quitte. Maria retourne chez sa mère, pose deux fois par jour, puis se rend à La Nouvelle Athènes, pour lheure verte, celle de labsinthe.

Elle est enceinte, et Maurice Valadon naît le 26 décembre 1883. Qui est lheureux papa ? Maria le sait-elle ? Les pistes se brouillent, senchevêtrent. Puvis, Renoir, Miquel Utrillo ? Lui reconnaît lenfant en 1891, aucune preuve quil soit le père. Maurice en 1896 lui écrit « Je ne peux pas commencer l’année sans te dire que je taime toujours moi. Je ten prie, je voudrais bien te voir. Pourquoi restes-tu si longtemps sans nous donner de tes nouvelles puisque tu es mon père. Pourquoi ne penses-tu pas à moi. Je suis bien malheureux, car maman me dit tout le temps que tu ne reviendras plus jamais et je pleure en t’écrivant aujourdhui jour de lan ».

En 1886 rue de Tourlaque (sur la Butte), dans lappartement voisin de Maria et de son fils, un petit homme, un peu difforme, sinstalle : Henri de Toulouse-Lautrec. Maria avait déjà posé pour lui. Elle est sa maîtresse. Ils mènent grande vie, Tristan Bernard, Aristide Bruant, Van Gogh. Entre laristocrate et Maria la relation seffrite. Il ne la peint plus quen femme déchue. Il est le seul peintre à avoir encouragé Maria comme modèle et surtout comme artiste.

Sur sa première œuvre connue Autoportrait 1883, Maria devient Suzanne, à la signature. Edgar Degas lui glisse « Vous êtes des nôtres » « Venez me voir avec des dessins. Jaime à voir ces gros traits si souples. Bonne année ». Curieusement il lappellera toujours Maria, jamais Suzanne.

Maurice est devenu un alcoolique invétéré… Elle déprime. Peu avant quelle meure, Francis Carco lui demande  « Mais votre œuvre ? »  Elle riposte après un rire atroce « Mon œuvre ? elle est finie, mon œuvre, et la seule satisfaction quelle me procure est de navoir jamais trahi ni abdiqué rien de tout ce à quoi jai cru ». Les belles Marie-Clémentine Valadon Maria Suzanne meurent le 6 avril 1938. Elles sont enterrées avec la mère. André Utter les retrouvera en 1948. Au cimetière parisien de Saint-Ouen.

Fleur de Lotus Janvier 2020

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :