Intérieur... Extérieur...

par Fleur de Lotus  -  19 Janvier 2013, 15:20  -  #reconnaissance

Le Centre Régional du Livre en Limousin intervient dans les bibliothèques des établissements pénitentiaires de Limoges, Tulle, Guerres. Il a proposé aux détenus des ateliers d'Art Postal. Huit séances en juillet 2006. Et six mois au centre de détention d'Uzerche.

Dedans-Prison... Dehors-Imagination-Expression artistique esthétique ludique vers un destinataire... Lequel ? Obligation de faire un petit tour vers la case "censure pénitentiaire". Alors ce sera l'intervenant ou l'association l'heureux destinataire. Le circuit de l'enveloppe existera, même s'il est un peu "enfermé".

La Poste a été partenaire de cette opération.

Les intervenants ont été : Rémy Pénard, Joël Thépault, et Chrystèle Lerisse représentée par la Galerie Baudoin Lebon.

8 rue Charles François Dupuis - 75003 Paris - 01.42.72.02.20

m.chanteperdrix@baudoin-lebon.com

Renseignements chapardés sur les pages du livre Correspondance, Art Postal en milieu pénitentiaire, édité par le Centre Régional du Livre en Limousin (CRLL), Association Limousine de Coopération pour le Livre (ALCOL), Limoges, décembre 2006. Les reproductions graphiques sont tirées de cet ouvrage. Avec l'aimable autorisation de la Galerie Baudoin Lebon.

"Correspondance, Art Postal en milieu pénitentiaire", CRLL, ALCOL, Limoges, décembre 2006.

"Correspondance, Art Postal en milieu pénitentiaire", CRLL, ALCOL, Limoges, décembre 2006.

Enveloppes d'Art Postal et cartes créées par des détenus, publiées dans "Correspondance, Art Postal en milieu pénitentiaire".
Enveloppes d'Art Postal et cartes créées par des détenus, publiées dans "Correspondance, Art Postal en milieu pénitentiaire".
Enveloppes d'Art Postal et cartes créées par des détenus, publiées dans "Correspondance, Art Postal en milieu pénitentiaire".
Enveloppes d'Art Postal et cartes créées par des détenus, publiées dans "Correspondance, Art Postal en milieu pénitentiaire".
Enveloppes d'Art Postal et cartes créées par des détenus, publiées dans "Correspondance, Art Postal en milieu pénitentiaire".
Enveloppes d'Art Postal et cartes créées par des détenus, publiées dans "Correspondance, Art Postal en milieu pénitentiaire".

Enveloppes d'Art Postal et cartes créées par des détenus, publiées dans "Correspondance, Art Postal en milieu pénitentiaire".

A l'occasion d'une animation par le Théâtre du Fil à la Maison d'Arrêt des Femmes (MAF Fleury-Mérogis) en 1985, Fleur de Lotus a pu réaliser une vidéo.  Voici des lettres qu'une détenue lui a envoyées par la suite.
A l'occasion d'une animation par le Théâtre du Fil à la Maison d'Arrêt des Femmes (MAF Fleury-Mérogis) en 1985, Fleur de Lotus a pu réaliser une vidéo.  Voici des lettres qu'une détenue lui a envoyées par la suite.
A l'occasion d'une animation par le Théâtre du Fil à la Maison d'Arrêt des Femmes (MAF Fleury-Mérogis) en 1985, Fleur de Lotus a pu réaliser une vidéo.  Voici des lettres qu'une détenue lui a envoyées par la suite.
A l'occasion d'une animation par le Théâtre du Fil à la Maison d'Arrêt des Femmes (MAF Fleury-Mérogis) en 1985, Fleur de Lotus a pu réaliser une vidéo.  Voici des lettres qu'une détenue lui a envoyées par la suite.

A l'occasion d'une animation par le Théâtre du Fil à la Maison d'Arrêt des Femmes (MAF Fleury-Mérogis) en 1985, Fleur de Lotus a pu réaliser une vidéo. Voici des lettres qu'une détenue lui a envoyées par la suite.

Ecoles de Préservation pour filles de Cadillac (33), lettre et plume, 1930, et de Clermont-de-l'Oise (60), la fille au carnet, 1929, photos de Henri Manuel (institutions pour mineures de l'administration pénitentiaire).
Ecoles de Préservation pour filles de Cadillac (33), lettre et plume, 1930, et de Clermont-de-l'Oise (60), la fille au carnet, 1929, photos de Henri Manuel (institutions pour mineures de l'administration pénitentiaire).

Ecoles de Préservation pour filles de Cadillac (33), lettre et plume, 1930, et de Clermont-de-l'Oise (60), la fille au carnet, 1929, photos de Henri Manuel (institutions pour mineures de l'administration pénitentiaire).

Extérieur, 16 heures, surpris, et reconnaissant les accords de la guitare de Bob Marley, Fleur de Lotus a poussé la porte... (1983)
Extérieur, 16 heures, surpris, et reconnaissant les accords de la guitare de Bob Marley, Fleur de Lotus a poussé la porte... (1983)

Extérieur, 16 heures, surpris, et reconnaissant les accords de la guitare de Bob Marley, Fleur de Lotus a poussé la porte... (1983)

Intérieur... Extérieur...

Jean Genet,

Lettres à Olga et Marc Barbezat.

L’Arbalète 1988.

Suivi de Comment je suis devenu éditeur,

de Jean Genet.

Marc Barbezat (1913-1999) est pharmacien. C’est la guerre. Il veut créer une revue littéraire aux armées. Ce sera en 1940 : l’Arbalète. Plus tard il l’aurait appelé l’Arbre à lettres. Démobilisé et fauché il se transforme en imprimeur –Eluard-Grindel Aragon Artaud Camus Michaux Leiris Sartre-, ce qui n’est pas du goût des occupants. Sa fiancée, Olga Kechelievitch élève au cours Dullin, lui envoie « Le Condamné à mort » qu’elle a recopié (1943). Barbezat écrit à Genet –qui pour un vol d’un beau livre de Verlaine-, est à la prison de la Santé. Début de leur correspondance de 43 ans, et première réponse de Genet « Envoyez 100 francs ». Cette demande d’argent sera récurrente tout au long de leurs échanges épistolaires. Le 21 février 1986 il écrit dans sa dernière lettre, –il mourra deux mois plus tard-, « Mon cher Marc, J’ai bien reçu les chèques, dont celui-ci (de 23 483 F). Tirage et chèques me paraissent (ces deux mots sont rayés) sont tout à faits corrects. Aimablement ». Barbezat précise que c’est la première fois que l’écrivain accuse réception de ses droits d’auteur…

Fin 1943 il est libéré, sans emploi, lui le voleur sensuel est donc « susceptible de passer à l’acte une nième fois » … Alors il est interné administrativement, à la caserne des Tourelles « Camp de liberté surveillée 141, boulevard Mortier Chambre 24 ». De plus, relégable, il ne peut toucher ses droits d’auteur. Il sera libéré en mars 1944 grâce aux actions de Barbezat, Cocteau, Maître Maurice Garçon. Le 10 février 1944 Olga, qui jouait avec Camus Huis-Clos de Sartre, est arrêtée par la gestapo. L’homme de lettres, la cigarette au bec et le paquet à la main, est au sommet de sa gloire, conscient de son talent. Il écrit ses plus grands romans, des pièces de théâtre, des poèmes.

Sans doute pour des questions d’argent, en 1949, l’auteur et l’éditeur se brouillent méchamment, pour six ans. Gaston Gallimard est en embuscade. À propos de la réédition des « Paravents » (1966) leur relation dégénère. Ils ne se revoient que très peu de fois chez Maître Roland Dumas en 1980. Genet très ému semble apaisé. Ils se séparent définitivement après une longue poignée de main la main chaleureuse. La maladie aura raison du poète.

Ses lettres disent les conditions d’internement d’un détenu administratif dont la vie est l’écriture, alors qu’il manque de plumes, d’encre, de timbres. On lit avec quel soin méticuleux il corrige les manuscrits, la mise en page, la typographie. Quelle force de création ! Entre les mots, apparaissent Maurice Pilorge le condamné à mort, Abdallah son fils sa chute son suicide, Jean-Louis Barrault Roger Blin Louis Jouvet Peter Brooks Roger Planchon Raymond Rouleau Marie Bell Mouloudji, Giacometti Picasso, Henri Mondor (1885-1962, chirurgien, homme de lettres passionné de Mallarmé), J-B Pontalis (1924-2013, proche de Merleau-Ponty, Sartre, écrivain et psychanalyste). Tous nous renseignent sur les désirs de Genet, sur l’impact de ses écrits sur le monde culturel de l’époque.

Prison de la Santé 2 décembre 1943 « Les phrases m’emmerdent. Les phrases n’ont rien dans le ventre »

Caserne des Tourelles 31 janvier 1944 « J’exige que l’on ait pour moi le respect auquel j’ai droit. Ma chère amie (Olga)) vous ne savez pas assez ce qu’est la faim. Je n’ai jamais plaisanté, aujourd’hui que la colère me porte, moins que jamais » Caserne des Tourelles 5 mars 1944 « Vous ne savez pas comme ça me fait chier de voir les gens se foutre de ma gueule en disant qu’ils m’admirent et en me laissant pourrir en cabane. Voilà la grande ignominie des honnêtes gens et j’enrage d’écrire pour eux ici, avec ma souffrance, un livre dont ils parleront avec des mêmes bandes de salauds, les premiers. Je suis fier d’être malhonnête. Au revoir Marc, à bientôt. Genet »

Paris 3 septembre 1957 « Vous êtes vous bien reposé à Chamonix ? Et Olga ? Enfin vous n’êtes pas mort en escalade. » Paris 24 ? 1957 « Mon cher Marc, Rarement de pareilles preuves de grossièreté m’auront été assénées : je vous écris, je vous envoie des textes, et vous ne m’avez pas répondu ! C’est parce que je vous devais de l’argent sans doute. Il faudrait pourtant vous décider à me rendre des comptes, quant aux ventes du Balcon. J’attends un mot au plus vite. À bientôt. Genet »

Décines juillet 1963 Dédicace sur un exemplaire de l’édition originale du Miracle de la Rose. « Je vous ai fait tant de dédicaces, mais dans mon esprit les plus précieuses, qu’il me reste fort peu de mots pour celle-ci. D’ailleurs de quoi vous servirait-elle puisqu’en fait si ce livre existe il n’existe que par vous qui deux fois le fîtes naître : d’abord en dérobant clandestinement le manuscrit aux gâfes de la prison et enfin en lui donnant cette forme définitive, massive, monumentale. Plus qu’à quiconque ce livre est à vous et comme ce livre est le meilleur de mon cœur, concluez vous-même. Jean Genet ».

Fleur de Lotus, septembre 2015

 Jean Genet (1910-1986) Pupille de l'assistance publique  a été placé  à la Colonie agricole et pénitentiaire de Mettray (37) à 15 ans.

Jean Genet (1910-1986) Pupille de l'assistance publique a été placé à la Colonie agricole et pénitentiaire de Mettray (37) à 15 ans.

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Merci, Fleur de Lotus, pour ce conseil bibliographique et cet exemple de place possible pour l'Art Postal, comme espace de liberté, lien avec les autres, moyen de mettre en valeur la créativité de chacun d'entre nous.
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